Voitures électriques

La Toyota Mirai au Québec : Un « ballon »… gonflé à l’hydrogène ?

Ce texte est cosigné par Pierre Langlois et Daniel Breton
——————————————————————–
Lors de la journée réservée aux médias du Salon International de l’Auto de Montréal qui a eu lieu jeudi dernier, M. Pierre Moreau, ministre de l’Énergie et des Ressources Naturelles, était accompagné de M. Martin Gilbert de Toyota Canada pour annoncer l’arrivée prochaine d’une cinquantaine de Toyota Mirai au Québec. Il s’agit d’une voiture électrique alimentée par une pile à combustible et ayant donc besoin d’hydrogène pour se propulser.
Suite à cette annonce, nous avons demandé à avoir plus de détails afin de savoir précisément de quoi il en retournait.
Ainsi, le ministre a affirmé que « le partenariat avec Toyota est très important pour le gouvernement du Québec puisqu’il nous permet d’avoir un projet-pilote, l’implantation de 2 stations de ravitaillement, non seulement de ravitaillement, mais aussi de production d’hydrogène »1
Nous avons demandé à des gens d’autres médias qui étaient présents s’ils avaient entendu le ministre ou qui que ce soit d’autre du gouvernement évoquer un montant d’investissement quelconque. Réponse : personne n’a entendu ou lu quelque chiffre que ce soit sur le financement gouvernemental de ce projet.
Nous avons alors contacté les gens de Transition Énergétique Québec pour leur demander si un communiqué de presse avait été publié qui révélerait ce genre d’information. Réponse :  On vous rappellera.
Ce qu’ils n’ont pas fait.
Nous sommes donc allés jeter un coup d’œil sur le site Internet de Transition Énergétique Québec où aucune mention n’était faite de l’annonce2. Quant à la page Facebook de Transition Énergétique Québec, on y trouvait tout simplement un article de La Presse et le communiqué de Toyota Canada. Donc, aucun communiqué et/ou information émanant du gouvernement.
Étrange.
Qui va payer pour les 2 stations de ravitaillement ?
Ce ne sera pas Toyota. En effet, le porte-parole de Toyota Canada nous a confirmé que le constructeur n’investirait pas dans les infrastructures d’hydrogène dont a parlé le ministre Moreau. Pourtant, le ministre affirmait que « le partenariat avec Toyota est très important pour le gouvernement du Québec puisqu’il nous permet d’avoir un projet-pilote, l’implantation de 2 stations de ravitaillement, non seulement de ravitaillement, mais aussi de production d’hydrogène »
Considérant que Toyota :

  • Est le plus ardent promoteur des véhicules à hydrogène au Québec ;
  • Vient d’annoncer l’arrivée de 50 véhicules à hydrogène au Québec ;
  • A annoncé au début de l’année 2017 qu’il investirait $11,4 millions US3 en collaboration avec la pétrolière Shell pour l’implantation de stations de ravitaillement à hydrogène en Californie,

Pourquoi le gouvernement du Québec n’a-t-il pas exigé que Toyota en fasse autant au Québec et mette la main dans sa poche ? Si c’est bon pour la Californie, pourquoi pas pour le Québec ?

  • Doit-on rappeler qu’une station de ravitaillement à hydrogène coûte au bas mot, selon les estimations les plus récentes4, $3 millions can. ?
  • Doit-on rappeler qu’avec $3 millions, on peut installer environ 50 bornes rapides pour véhicules électriques ? Ainsi, avec l’argent nécessaire pour implanter 2 stations de ravitaillement à hydrogène, on pourrait doubler le nombre de BRCC du Circuit Électrique. (Il y en avait 106 en date du 31 décembre 2017)5
  • Doit-on rappeler que le constructeur automobile Nissan Canada a, lui, investi de son propre argent pour implanter plus de 25 bornes de recharge rapide (BRCC) en partenariat avec Hydro-Québec6 et la chaine de restaurants St-Hubert7?
  • Doit-on rappeler que le constructeur automobile Tesla a investi son propre argent sans aide du gouvernement pour installer des Superchargers et des bornes de recharge dans les commerces !

Qui va acheter (ou louer) les 50 Toyota Mirai ?
Qui achètera ou louera ces 50 véhicules, considérant le coût d’acquisition prohibitif de la Mirai ? On parle ici d’un véhicule dont le prix est de $57,000 US (plus de $70,000 Can). Toyota a clairement dit que ces véhicules ne seraient pas disponibles pour le grand public, mais uniquement pour les flottes de véhicules.
Le porte-parole de Toyota nous a dit n’avoir signé aucune entente d’achat ou de location avec qui que ce soit au Québec pour ces véhicules. Est-ce à dire qu’au final le principal voire le seul utilisateur de ces Mirai sera le gouvernement du Québec ? Pas de réponse, mais nous doutons fort qu’une entreprise se lance dans une telle aventure… à moins qu’elle ne reçoive un appui financier.

(Le coffre de la Mirai est assez exigu et les dossiers arrière ne sont pas rabattables)

Qui se souvient du projet-pilote d’hydrogène de l’aéroport Trudeau ?
En avril 2009, soit il y a presque 10 ans, le premier ministre du Québec Jean Charest était à l’aéroport Trudeau, accompagné de son ministre des Ressources naturelles et de la ministre fédérale des Ressources naturelles et du ministre fédéral des Travaux publics. M. Charest annonçait alors en grande pompe le lancement d’un projet-pilote de 11 millions $ sur trois ans à l’aéroport Trudeau pour des véhicules à hydrogène. Le gouvernement fédéral injectait 2,5 millions $ et celui du Québec injectait quant à lui 2,4 millions8  $ dans ce projet dirigé par la société française Air Liquide.
Si plusieurs ministres étaient présents lors de l’annonce, la fin du projet s’est faite de manière pas mal plus discrète… car l’opération fut un échec9.
Est-ce que le ministre et ses fonctionnaires s’en rappellent ?

(Après 13 ans, le réservoir d’hydrogène doit être remplacé)

Est-ce quelqu’un au gouvernement a lu nos livres et les articles pertinents sur le sujet?
Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent pour faire entendre raison aux élus en ce qui a trait aux “perspectives” de l’hydrogène.
Certaines personnes semblant être « durs de comprenure », nous tenons à rappeler ces quelques faits incontournables10 :
 

  • Les voitures à hydrogène émettent autant de GES qu’une voiture hybride à essence qui consomme 5 litres /100 km, via l’usine qui produit l’hydrogène à partir du gaz naturel ;
  • 95% de l’hydrogène produit sur la planète vient des carburants fossiles dont principalement le gaz naturel. Or, comme la majorité du gaz naturel produit et distribué aux USA et au Canada vient maintenant des schistes, on parle d’un véhicule fonctionnant essentiellement au gaz de schiste. Or, l’impact écologique du gaz naturel issu des schistes se rapproche de celui du charbon, ce qui alourdit encore plus l’impact en terme d’émission polluantes et de GES de l’hydrogène ;
  • Comme nous faisons face à une surabondance de gaz naturel sur le marché nord-américain, le prix du gaz naturel est rendu si bas qu’il concurrence maintenant l’hydroélectricité d’Hydro-Québec. Les pétrolières étant reconnues pour savoir où se situe leur profit, il est plus que probable qu’elles s’approvisionneront en hydrogène issu du gaz naturel à court et moyen terme au minimum ;
  • Si on produit l’hydrogène par électrolyse de l’eau avec de l’énergie renouvelable, on n’émet pas de GES mais on consomme 3 fois plus d’électricité pour parcourir la même distance qu’une voiture électrique à batterie. Ainsi, avec l’énergie nécessaire pour faire avancer une voiture à hydrogène, on peut faire avancer 3 voitures électriques. (Il est question ces jours-ci d’une avancée technologique dans la production d’hydrogène qui serait beaucoup moins énergivore. Lorsque les affirmations seront validées, nous pourrons nous prononcer sur l’intérêt de cette technologie, mais cela ne règlera fort probablement pas les problèmes évoqués plus haut.) ;
  • Une voiture hybride rechargeable comme la Chevrolet Volt (autonomie électrique de 84 km), émet 8 fois moins de GES qu’une voiture à hydrogène au Québec, peut faire plus de 90% des kilomètres à l’électricité, faire le plein d’essence occasionnel en moins de 5 minutes et n’utiliser l’essence qu’en dehors des villes ;
  • Les promoteurs des voitures à hydrogène n’avaient pas prévu l’évolution si rapide des batteries (prix, performances) ni l’arrivée de Tesla Motors, qui offre déjà des autonomies de 500 km sur ses voitures électriques, avec un réseau de Superchargers gratuits, payé par Tesla (et non par le gouvernement) ;
  • Si nous nous approvisionnons en hydrogène via des entreprises comme Shell et Air Liquide, nous pérenniserons notre dépendance en énergie pour nos transports envers 2 entreprises étrangères plutôt que de garder l’argent au Québec via Hydro-Québec. Considérant que les Québécois dépensent $800 millions par mois pour importer des hydrocarbures et que cela constitue LA première raison de notre déficit commercial, cela ne semble pas une solution économiquement intéressante ;
  • Comme le souligne à juste titre Simon-Pierre Rioux de l’AVEQ11 dans son communiqué de presse rendu public hier « le Rapport du Conseil Consultatif sur l’économie et l’innovation « Agir Ensemble », présidé par Monique Leroux, prônait pour le développement des véhicules électriques avec une recommandation sur l’implantation de 2000 bornes de recharge rapides au Québec et une aide accrue à l’achat d’un véhicule électrique pour les consommateurs.« Il n’y a aucune mention de voitures à l`hydrogène dans le rapport du Conseil Consultatif commandé par le Premier Ministre du Québec ». » ;
  • Le gouvernement sait-il que Yoshikazu Tanaka, le chef ingénieur responsable de la Toyota Mirai a lui-même admis qu’Elon Musk avait raison12… il y a quelques mois à peine : « Elon Musk is right – it’s better to charge the electric car directly by plugging in ». (« Elon Musk a raison. Il est mieux de recharger la voiture électrique en le branchant directement. »). Il a malgré tout ajouté que l’hydrogène avait sa place pour remplacer l’essence.

Après 3 livres (« Rouler sans pétrole », « Maîtres chez nous-21e siècle » et « L’Auto électrique, hybride ou écoénergétique ») et nombres d’articles, d’analyses et d’études sur le sujet à travers le monde qui expliquent le non sens économique, écologique et énergétique du développement de la filière hydrogène pour les voitures grand public, nous ne pouvons que nous poser des questions sur le sérieux du gouvernement en ce qui a trait à sa volonté réelle de faire cette fameuse transition énergétique dont il nous parle tant.
Nous sommes de plus en droit de nous demander pourquoi le gouvernement persiste à « investir » dans cette filière sans issue car elle ne va clairement pas dans l’intérêt de l’électrification des transports au Québec. À preuve, toutes les entreprises québécoises engagés dans les véhicules et les technologies pour véhicules électriques à batteries d’accumulateurs que sont les Lion, AddÉnergie, Bectrol, LTS Marine, Nordresa, EcoTuned, Lito Green Motion, etc vont dans le sens contraire des véhicules à hydrogène !
Donc, favoriser les technologies et véhicules à hydrogène, c’est favoriser des entreprises hors du Québec… dont des entreprises automobiles ET des pétrolières étrangères.
Finalement, plus nous y réfléchissons, plus nous ne pouvons que nous demander si au final cette « annonce » du ministre Moreau n’est pas tout simplement un ballon… gonflé à l’hydrogène.
1 : https://www.facebook.com/search/top/?q=Toyota%20Canada
2 : http://www.transitionenergetique.gouv.qc.ca/accueil/#.WmNBsyN7Tow
3 : https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-02-20/shell-takes-one-small-step-to-fuel-toyota-s-giant-hydrogen-leap
4 : https://www.nrel.gov/docs/fy13osti/56412.pdf
5 : https://lecircuitelectrique.com
6 : http://nouvelles.hydroquebec.com/fr/communiques-de-presse/706/nissan-hydro-quebec-reseau-recharge-public-vehicules-electriques-quebec/
7 : http://nissannews.com/fr-CA/nissan/canada/releases/un-appui-majeur-au-r-seau-de-bornes-de-recharge-rapide-du-circuit-lectrique?mode=print
8 : http://www.tvanouvelles.ca/2009/04/20/des-vehicules-alimentes-a-lhydrogene-a-laeroport-trudeau
9 : http://roulezelectrique.com/un-projet-pilote-majeur-a-lhydrogene-au-quebec/
10 : http://roulezelectrique.com/les-voitures-a-hydrogene-pourraient-nuire-a-lelectrification-des-transports/
11 : http://www.aveq.ca/actualiteacutes/communique-de-presse-la-voiture-a-lhydrogene-un-pas-dans-la-mauvaise-direction-selon-laveq
12 : https://uk.reuters.com/article/us-autoshow-tokyo-hydrogen/hydrogen-fuel-cell-car-push-dumb-toyota-makes-a-case-for-the-mirai-idUKKBN1CV0I2

Imprimer cet article

Zone vidéos

Consultez notre zone vidéo consacrée à la mobilité électrique au Québec.

Besoin d’aide avec votre achat?

Nos services offerts

Apprenez-en davantage sur les services offerts chez Roulez Électrique.

Boutique

Procurez-vous votre solution de recharge et accessoires.

Articles populaires

Chroniqueurs

Vous aimerez aussi:

Nos partenaires