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Terres rares et véhicules électriques : un défi stratégique à ne pas ignorer

La transition vers l’électromobilité repose sur des matériaux dont on parle peu, mais qui sont au cœur d’une bataille économique et géopolitique mondiale. Voici ce qu’il faut savoir sur les terres rares et leur impact sur l’avenir du véhicule électrique.

Des matériaux méconnus mais indispensables

Néodyme, dysprosium, terbium, praséodyme… Ces noms ne vous disent probablement rien, pourtant ils sont essentiels à la fabrication des véhicules électriques que vous voyez de plus en plus sur nos routes.

Ces éléments, qu’on appelle « terres rares », servent à fabriquer les aimants permanents qui équipent environ 80% des moteurs de traction des véhicules électriques. Chaque VÉ contient entre 2 et 5 kilogrammes de ces aimants haute performance, sans lesquels les moteurs ne pourraient pas offrir la puissance et la compacité qui font leur succès.

Malgré leur nom, ces éléments ne sont pas vraiment rares sur le plan géologique. Ce qui est rare, c’est la capacité de les extraire et de les raffiner de manière économiquement viable. Et c’est là que les choses se compliquent.

La Chine, maître du jeu

Le constat est sans appel : la Chine domine la chaîne d’approvisionnement mondiale des terres rares. Le pays contrôle environ 60% de la production minière mondiale, 85% du raffinage et près de 90% de la fabrication des aimants permanents. Pour les terres rares dites « lourdes », comme le dysprosium et le terbium, cette domination frôle les 100%.

Cette concentration extrême a des conséquences directes. En avril 2025, en réponse aux tensions commerciales avec les États-Unis, la Chine a imposé des restrictions à l’exportation de sept terres rares stratégiques. En octobre, une deuxième vague a ajouté cinq éléments supplémentaires à la liste des matériaux contrôlés.

Les effets ont été immédiats. Les exportations chinoises d’aimants aux terres rares vers les États-Unis ont chuté de 93,3% en mai 2025 par rapport à l’année précédente. Ford a dû suspendre pendant une semaine la production de son Explorer SUV dans son usine de Chicago, faute d’approvisionnement en aimants.

Une flambée des prix

Les marchés ont réagi violemment à ces tensions. Le prix de l’oxyde de néodyme-praséodyme (NdPr), référence du secteur, est passé de 63 dollars américains le kilogramme en juillet 2025 à 123 dollars en février 2026, soit un quasi-doublement en quelques mois seulement. L’Agence internationale de l’énergie rapporte que les prix des terres rares en Europe ont été multipliés par six après l’entrée en vigueur des restrictions.

Le néodyme, élément clé des aimants de moteurs électriques, s’échange actuellement autour de 149 dollars le kilogramme. Le terbium, utilisé pour améliorer la résistance thermique des aimants, atteint les 1 983 dollars le kilogramme. Des niveaux qui pèsent directement sur les coûts de fabrication des véhicules électriques.

Selon les analystes de Bank of America, la demande mondiale d’aimants au néodyme devrait croître d’environ 9% par an jusqu’en 2035, tirée notamment par les véhicules électriques (11% de croissance annuelle) et la robotique (29%). Aux États-Unis, la demande pourrait être multipliée par cinq sur cette période.

Un marché en pleine expansion

Le marché mondial des terres rares représentait 7,2 milliards de dollars américains en 2025. Les projections tablent sur 12,6 milliards d’ici 2035, soit une croissance annuelle de 6,5%. En volume, on estime le marché à 208 000 tonnes en 2026, avec une progression vers 273 000 tonnes en 2031.

Cette croissance est directement liée à la transition énergétique. Les éoliennes offshore, les batteries de stockage et bien sûr les véhicules électriques constituent les principaux moteurs de cette demande. Chaque éolienne de 3 MW nécessite des centaines de kilogrammes de terres rares pour ses aimants permanents.

Un défi, pas une impasse

Face à cette dépendance, plusieurs pistes émergent pour réduire la vulnérabilité de l’industrie automobile.

Le recyclage, d’abord. Actuellement, seulement 1% des aimants usagés sont recyclés en Europe. Un gisement considérable reste donc inexploité. En France, le consortium Magnolia, porté par Orano et le CEA, a inauguré en septembre 2025 une ligne pilote de recyclage d’aimants haute performance à Grenoble. L’objectif est de développer des procédés industriels permettant de récupérer les terres rares des moteurs en fin de vie.

Les moteurs sans terres rares, ensuite. Certains constructeurs ont déjà fait ce choix. La Renault Zoé utilise un moteur synchrone à excitation bobinée qui ne contient aucune terre rare. Tesla a annoncé travailler sur des moteurs sans ces matériaux critiques. BMW et ZF développent également des alternatives. Ces technologies impliquent généralement une légère perte de performance ou un encombrement supérieur, mais elles éliminent la dépendance aux approvisionnements chinois.

La diversification des sources, enfin. Les États-Unis, le Canada et l’Australie accélèrent leurs projets miniers et de raffinage. Energy Fuels, en Utah, vise une production commerciale d’oxyde de dysprosium d’ici 2026. Ucore Rare Metals construit une usine de séparation en Louisiane. En Australie, les projets Eneabba d’Iluka et Nolans d’Arafura devraient livrer environ 23 000 tonnes d’oxydes raffinés par an d’ici 2028.

Ce que ça signifie pour les consommateurs

À court terme, la tension sur les terres rares pourrait contribuer à maintenir des prix élevés pour certains véhicules électriques, particulièrement ceux équipés de moteurs haute performance. Les constructeurs qui dépendent fortement des aimants permanents chinois sont les plus exposés.

À moyen terme, la diversification des chaînes d’approvisionnement et le développement d’alternatives technologiques devraient atténuer ces pressions. Les constructeurs qui ont anticipé ces enjeux, en développant des moteurs sans terres rares ou en sécurisant des approvisionnements diversifiés, seront mieux positionnés.

Pour le consommateur québécois, cette réalité rappelle que la transition électrique s’inscrit dans un contexte mondial complexe. Le choix d’un véhicule électrique reste pertinent sur le plan environnemental et économique, mais il est utile de comprendre les enjeux qui façonnent cette industrie.

Un équilibre à trouver

Les terres rares illustrent parfaitement les défis de la transition énergétique. On ne passe pas d’une dépendance au pétrole à une économie décarbonée sans créer de nouvelles dépendances. L’enjeu est de les anticiper et de les gérer intelligemment.

La bonne nouvelle, c’est que les solutions existent. Le recyclage, l’innovation technologique et la diversification des sources d’approvisionnement permettront progressivement de réduire la vulnérabilité de l’industrie. La suspension partielle des restrictions chinoises jusqu’en novembre 2026 offre une fenêtre pour accélérer ces efforts.

En attendant, les terres rares nous rappellent une vérité fondamentale : la transition vers l’électromobilité ne se résume pas à remplacer un moteur à essence par un moteur électrique. C’est une transformation profonde de nos chaînes d’approvisionnement, de nos technologies et de nos équilibres géopolitiques. Un défi de taille, mais pas insurmontable.

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