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Installation de BRCC : l’œuf ou la poule

Il y a quelques jours, M. Pierre Moreau, ministre de l’énergie et des ressources naturelles, a présenté un projet de loi dont le but est d’ajouter 1 600 BRCC sur les routes du Québec d’ici 10 ans, soit autour de 2027-2028.
Ce geste constitue clairement une réponse à la pétition lancée par l’Association des Véhicules Électriques du Québec (AVÉQ) qui exigeait 2 000 BRCC au Québec d’ici 2020 et que plus de 10 000 personnes ont signé.
Bien que beaucoup moins ambitieux, cet objectif constitue tout de même une avancée. En effet, le modèle d’affaire actuel du Circuit Électrique a atteint ses limites et doit être revu. Cela dit, la vitesse de ce déploiement sera dépendante des revenus tirés du nombre de recharges effectuées par les véhicules électriques.
Et c’est là où le bât blesse.
Selon le communiqué d’Hydro-Québec « Le Québec comptait, au 31 mars 2018, 24 694 véhicules électriques immatriculés sur son territoire. Pour atteindre les objectifs  fixés,  qui sont  de 100 000  à  l’horizon 2020, 300 000 en 2026 et un million en 2030, un déploiement de bornes publiques de recharge rapide est requis. Or, on compte actuellement au Québec environ 130 de ces bornes. »1
En mai 2018, la pénurie de véhicules hybrides rechargeables et électriques perdure chez la très grande majorité des concessionnaires du Québec même chez ceux qui se spécialisent dans la vente de véhicules électriques. Pendant qu’ils se font offrir des VUS et des pickups à la pelle, la plupart des constructeurs refusent toujours, malgré la Loi Zéro Émission, de répondre à la demande. Ainsi, les gens continuent et continueront de devoir attendre de nombreuses semaines voire de nombreux mois avant de pouvoir mettre la main sur une voiture électrique… alors qu’ils peuvent trouver des voitures et des camions légers à essence plein les cours.
Cela a pour conséquence évidente :

  • De ralentir les ventes de véhicules hybrides rechargeables et électriques;
  • De faire en sorte que le Québec va à peu près certainement rater son objectif de 100 000 VZÉ en 2020;
  • De ralentir du coup le nombre de recharges sur les BRCC du Québec;
  • Et ainsi de ralentir les entrées de revenus permettant l’installation de nouvelles BRCC sur le territoire québécois.

En attachant le déploiement de nouvelles BRCC aux revenus obtenus par la recharge, on ne pourra que ralentir le déploiement de celles-ci puisque le Québec n’atteindra pas ses objectifs d’adoption de VZÉ à moins de renforcer sa loi Zéro Émission. Or, cela ne semble pas être dans les cartons du gouvernement, celui-ci s’empressant de répéter « 100 000 VZÉ en 2020 » tel un mantra, comme nous pouvons le lire dans le communiqué de presse d’Hydro-Québec.

Ainsi, alors que le Québec:

  • A raté son objectif de réduction de GES du protocole de Kyoto,
  • Va rater son objectif de 100 000 VZÉ d’ici 2020,
  • Va rater son objectif de réduction de GES de -20% d’ici 2020,
  • Que contrairement à son objectif de réduction de consommation de produits pétroliers de 40% d’ici 2030, cette consommation ne cesse d’augmenter,
  • Il y a de très bonnes chances que l’objectif de 1 600 BRCC d’ici 10 ans soit lui aussi raté.

Mais il y a autre chose.
Alors que nombres de propriétaires de véhicules électriques demandent que le Circuit Électrique augmente rapidement le nombre de BRCC sur les routes du Québec, le principe même annoncé par ce projet de loi risque de faire en sorte que la courbe d’augmentation des installations passe de relativement faible maintenant à élevée dans 10 ans, ce qui est le contraire de ce qui est exigé par la plupart des intervenants.
Autrement dit, ce n’est pas dans 7 ou 8 ans qu’il faudra augmenter rapidement le nombre de BRCC, mais bel et bien dès maintenant.
Ce qui nous amène à la question suivante :

Si le Québec vise 100 000 VZÉ en 2020, quel est son objectif de BRCC d’ici 2020?

300, 500, 1 000?

Il serait important que cette question trouve réponse car, dois-je le rappeler, plus de 10 000 personnes ont signé une pétition de l’AVÉQ exigeant 2 000 BRCC d’ici 2020.
Et le Fonds Vert?
L’AVÉQ exigeait que les fonds nécessaires pour l’installation des BRCC proviennent du Fonds Vert. Comme je l’écrivais dans un article précédent « à environ $60 000 par borne de recharge rapide, on parle d’un montant d’à peu près $110 millions. Lorsqu’on jette un coup d’oeil à ce fonds, on découvre qu’il disposait en date du 23 mars 2018 « d’un budget de $3,7 milliards pour la période 2013-2020, et ses dépenses au 31 mars 2017 d’établissaient à $1,4 milliard. » Il restait donc $2,3 milliards dans le Fonds Vert en date du 31 mars 2017. $110 millions pour les bornes de recharge rapide représenterait donc un investissement qui grugerait moins de 5% du budget restant du Fonds Vert. »2
Or, certains ont argué que prendre une telle somme du Fonds Vert priverait d’un montant équivalent des consommateurs qui voudraient se procurer une voiture électrique car ces $110 millions ne pourraient plus aller vers des rabais à l’achat.
Cela est tout simplement faux.
Lorsqu’on jette un coup d’œil au budget du plan d’électrification des transports présenté par le gouvernement en 2015, on réalise tout de suite que l’équation ne fonctionnait pas depuis le jour 1. En effet, alors qu’il annonçait que nous verrions 100 000 voitures électriques sur nos routes en 2020, un simple calcul nous permettait de nous rendre compte que ça donnait tout près de $800 millions en subventions… alors que le budget total de ce plan était de $420 millions d’ici 2020. Il manquait donc $380 millions dès le départ.
C’est pourquoi l’argumentaire voulant que nous ne pouvons pas financer le déploiement des BRCC via le Fonds Vert ne tient pas la route. Les fonds sont là comme je l’ai démontré plus haut et ils seraient utilisés à bien meilleur escient plutôt que dans certains projets « verts » douteux financés dans le passé. Ne reste que la volonté politique de déployer rapidement ou non ces BRCC via le Fonds Vert.
Si ce projet de loi est intéressant car il prend acte du réel besoin de déploiement de BRCC à travers le Québec, il y a place à plusieurs améliorations qui feront en sorte que les « électromobilistes » n’auront plus à attendre aux bornes… ou après les constructeurs.
Car pour le moment, ça ressemble à l’œuf ou la poule.
1 : http://nouvelles.hydroquebec.com/fr/communiques-de-presse/1356/quebec-presente-son-projet-de-loi-favorisant-letablissement-dun-service-public-de-recharge-rapide-pour-vehicules-electriques/
2 : http://roulezelectrique.com/bornes-rapides-26-millions-dici-2023/
 

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