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Covid-19 et pétrole, un avant-goût de l’impact des VÉ en 2030

Si vous suivez les nouvelles du site oilprice.com, vous savez que le confinement d’environ 3 milliards de personnes, dû au coronavirus covid-19, fait dire au directeur général de l’Agence internationale de l’énergie (IEA) que la demande de pétrole pourrait baisser de 20 millions de barils par jour (20 M bpj). La banque Goldman Sachs, de son côté, prévoit une chute de la demande de 18,7 M bpj en avril, alors qu’elle estime une baisse de 10,5 M bpj pour le mois de mars 2020. Je vous réfère, pour ces informations, à l’article de Julianne Geiger publié sur oilprice.com le 26 mars 2020.

Par ailleurs, on sait qu’au début de l’année 2020, la production mondiale de pétrole brut était de 83 M bpj (voir le site YCharts.com). C’est donc dire qu’une chute de 10 M bpj à 20 M bpj de la demande représente une baisse de 12 % à 24 % !

Et, on connait les conséquences d’une telle baisse de la demande. Selon les lois du marché, il s’en suit immanquablement une chute importante des prix du pétrole. Voici la courbe du prix du pétrole WTI (West Texas Intermediate) pour le dernier mois, en dollars US, tirée du site oilprice.com.

C’est une chute de plus de 50 % en un mois (un facteur 2), qui atterrit à 21 $ US le baril le 31 mars 2020. Mais la chute est encore plus vertigineuse pour le pétrole des sables bitumineux canadien, le WCS (Western Canadian Select), puisqu’il est passé de 38 $ US le baril à 4,69 $ US du début à la fin mars 2020. C’est une chute de 88 % de son prix, soit d’un facteur 8 en un mois !! Voici le graphique correspondant, toujours selon oilprice.com. Cette chute draconienne démontre la fragilité économique de ce pétrole qu’on peut qualifier d’extrême (plus polluant et plus cher à extraire et raffiner).

Les VÉ vont aussi faire chuter la demande de pétrole et son prix

Ces chutes importantes de prix du pétrole, suite à une baisse de la demande, vont également se produire lorsque le nombre de véhicules électriques (VÉ) sur les routes va dépasser 20 % du parc de véhicules routiers, vers 2030. Mais, cette baisse anticipée due aux VÉ ne sera pas conjecturelle, comme le covid-19, mais structurelle, puisqu’elle va s’accentuer au fil des années 2030 à 2040.

Pour fixer les idées, dans son rapport sorti en octobre 2019 et intitulé Canadian electric vehicle transition – the difference between evolution and revolution, la firme de services professionnels EY (www.ey.com) met en garde les pétrolières que dans leur scénario d’adoption rapide des véhicules électriques, on pourrait se retrouver avec 30 % de VÉ sur les routes du Canada en 2030. Ils mentionnent que ce taux de pénétration de 30 % est plausible si l’augmentation annuelle des ventes de VÉ au Canada continue comme elle est partie, avec une augmentation des ventes en 2018 de 165 % par rapport aux ventes de 2017. Dans un tel cas, la demande en pétrole chuterait de 13 % par rapport à ce qui est prévu en 2030, toujours selon EY. C’est une baisse similaire à ce qu’on observe aujourd’hui avec le coronavirus covid-19, comme nous l’avons vu.

Et, si on adopte le scénario de leader que j’ai présenté dans un article récent, c’est 45 % de VÉ qu’on aurait en 2030, conduisant à une baisse de la demande de pétrole de 1,5 fois supérieure à ce que prédit l’étude de EY pour une pénétration de 30 % des VÉ. Cela voudrait dire une baisse de la demande de pétrole de l’ordre de 19 %, alors qu’on a seulement 10 % de baisse présentement (mars 2020), selon la banque Goldman Sachs.

La morale de cette histoire

En conclusion, plus vite on achète des véhicules électriques, plus vite la demande de pétrole va baisser et plus vite on se débarrasse du pétrole extrême, bien plus polluant comme on l’a vu dans mon dernier article.   

La raison est simple, le pétrole extrême (pétrole des sables bitumineux et pétrole de schistes) coûte plus cher à produire et nécessite un prix plancher suffisamment élevé pour être rentable. Advenant une baisse importante de la demande de pétrole, suivi d’une baisse des prix, le pétrole extrême ne sera plus rentable. On en a un avant-goût présentement avec la pandémie de coronavirus covid-19.

Certains pourront dire qu’il est possible que la production de pétrole baisse plus vite que la demande va baisser avec les VÉ, maintenant ainsi le prix du pétrole plus élevé, dû au manque. Par exemple, le pétrole de schiste aux États-Unis pourrait s’effondrer suite à l’épuisement de la ressource, à une catastrophe environnementale ou simplement aux dettes des pétrolières qui s’accumulent. On pourrait également avoir des actes terroristes aux raffineries de l’Arabie saoudite ou qui sait quoi encore qui fasse baisser la production mondiale de pétrole plus vite qu’on pense.

C’est possible. Toutefois, si jamais c’était le cas, le prix du pétrole monterait de même que la crainte d’en manquer. Cette situation accélérerait nécessairement la pénétration des véhicules électriques, et le délai supplémentaire accordé au pétrole extrême serait de courte durée. Car n’oublions pas qu’en 2030 le prix des VÉ va être moins cher à l’achat que celui d’un véhicule à essence, et qu’on va économiser en carburant et entretien avec un VÉ.

À mon avis, les dés sont jetés et la fin du pétrole extrême est en vue, d’ici 2030 ou 2035. Certains vont dire que je ne suis pas patriotique parce que l’économie de l’Alberta est très dépendante des sables bitumineux, et l’économie canadienne également. À ceux-là je réponds : oui je suis patriotique, ma patrie c’est la Terre et je la veux propre, paisible et saine pour mes enfants et petits-enfants. Il faut que les gouvernements albertain et canadien comprennent rapidement le contenu du présent article afin de ne pas mettre tous leurs œufs dans le panier des carburants fossiles, dépassés et néfastes, et entrainer leurs citoyens dans une catastrophe économique prévisible.

N’oublions pas que les oléoducs qu’on construit sont des infrastructures qui durent et s’amortissent sur 60 ans. Qu’arrivera-t-il dans 15 ans s’il n’y a plus de demande pour ce pétrole canadien polluant? Et si les compagnies de pétrole œuvrant en Alberta font faillite, qui va payer la fermeture des puits et la remise en état des sites?!?

Il est grand temps de diversifier davantage notre économie et de la faire rimer avec écologie et énergies renouvelables.

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