C’est l’une des objections les plus persistantes contre le véhicule électrique, et elle revient chaque fois qu’une vidéo spectaculaire d’un feu de batterie circule sur les réseaux sociaux. Une voiture électrique prendrait feu plus souvent qu’une voiture à essence.
Des journalistes se sont penchés sur la question début juillet, et la conclusion est claire : les chiffres disponibles ne confirment pas cette perception. Voici ce que disent réellement les données, avec les sources qui les appuient.
Le chiffre suédois : 3 incendies pour 100 000 VE, contre 77 pour les modèles à essence
La référence la plus souvent citée dans ce débat provient de l’agence suédoise de gestion des urgences civiles, la Swedish Civil Contingencies Agency (MSB), reconnue pour la rigueur de ses statistiques. Ses données pour l’année 2022 montrent que les véhicules à moteur thermique en Suède ont pris feu environ 19 à 20 fois plus souvent que les véhicules électriques, une fois les chiffres rapportés à la taille de chaque parc automobile. En valeur absolue, cela représente environ 3 incendies pour 100 000 véhicules électriques en circulation, contre 77 pour 100 000 véhicules à essence ou diesel.
L’explication technique est assez simple. Un véhicule à combustion transporte du carburant inflammable, comporte un système d’échappement qui atteint des températures élevées, et repose sur davantage de pièces mécaniques susceptibles de tomber en panne ou de générer des étincelles. Les feux d’origine purement électrique restent rares et sont presque toujours liés à des circonstances précises : une collision grave ayant endommagé physiquement la batterie, un défaut de fabrication isolé, ou l’utilisation d’un chargeur non certifié.
Ce que confirme la recherche australienne, la référence mondiale sur le sujet
EV FireSafe, un organisme de recherche australien financé par le département de la Défense du pays, maintient la base de données la plus rigoureuse au monde sur les feux de batteries de véhicules électriques. Selon ses données les plus récentes, disponibles jusqu’en octobre 2025, l’organisme a positivement identifié 772 feux de batteries haute tension à l’échelle mondiale, sur un parc mondial estimé à 78 millions de véhicules électriques rechargeables. Cela représente environ 1 véhicule sur 100 000 ayant connu un incident de ce type, une proportion nettement inférieure à celle des véhicules à essence.
Le Conseil des véhicules électriques d’Australie, qui s’appuie sur les mêmes données, résume la comparaison directement : selon les chiffres suédois analysés en tenant compte des parts de marché respectives, un véhicule à essence ou diesel est environ 20 fois plus susceptible de prendre feu qu’un véhicule électrique. En Australie même, seulement 6 feux de batteries ont été vérifiés sur des véhicules électriques immatriculés pour la route depuis 2010, dont un causé par un incendie criminel, trois par un feu externe ayant embrasé le véhicule, un lié à une collision, et un causé par un débris de route ayant perforé la batterie.
Une étude américaine indépendante arrive à la même conclusion
Aux États-Unis, une analyse commandée en 2023 par l’Administration nationale de la sécurité routière (NHTSA) et réalisée par le cabinet Battelle a conclu que la propension et la gravité des feux impliquant des systèmes de batteries au lithium-ion sont comparables, voire légèrement inférieures, à celles associées à l’essence et au diesel. Cette conclusion a depuis été reprise par plusieurs organismes européens de sécurité des transports et par des chercheurs indépendants qui étudient le comportement des véhicules après collision.
Pourquoi la perception reste si différente de la réalité
Si les chiffres sont aussi clairs, pourquoi l’impression contraire persiste-t-elle? Deux facteurs expliquent ce décalage, et les deux sont documentés par les chercheurs qui étudient la question.
Le premier est la nature même des feux de batteries au lithium. Quand ils se produisent, ils présentent des caractéristiques visuellement spectaculaires : d’importants nuages de vapeur sombre ou claire, des bruits de claquement, et des flammes directionnelles pouvant atteindre 1 000 degrés Celsius. Ces caractéristiques rendent les interventions plus complexes et souvent plus longues pour les services d’incendie, et elles produisent des images qui circulent massivement en ligne, amplifiant la perception du risque bien au-delà de sa fréquence réelle.
Le second facteur est purement statistique. Le parc automobile mondial reste très majoritairement composé de véhicules à essence. Cela signifie qu’en nombre absolu, il y aura toujours beaucoup plus d’incendies de véhicules à essence simplement parce qu’il y a beaucoup plus de véhicules à essence en circulation. C’est précisément pour cette raison que les chercheurs insistent sur l’importance de rapporter les incidents à la taille du parc, plutôt que de comparer des nombres bruts qui ne veulent rien dire sans ce contexte.
Ce que ça signifie concrètement pour un propriétaire de VE
Cette clarification statistique ne signifie pas que le risque est nul. Les batteries au lithium-ion peuvent effectivement s’enflammer dans des circonstances précises : collision grave, submersion prolongée, défaut de fabrication ou usage d’équipement de recharge non certifié. C’est exactement pour cette raison que l’installation d’une borne résidentielle certifiée, réalisée par un électricien titulaire d’une licence de la RBQ, reste une étape essentielle plutôt qu’une simple formalité administrative. Un équipement de recharge mal installé ou non conforme demeure le facteur de risque le plus évitable dans toute cette équation.
Pour le reste, les données disponibles convergent vers une même conclusion, qu’elles viennent de Suède, d’Australie ou des États-Unis : le véhicule électrique bien entretenu et rechargé sur un équipement conforme ne présente pas de risque d’incendie supérieur à celui d’un véhicule à essence. Souvent, c’est l’inverse qui est vrai.
Références
- Journal du Geek, Non, les batteries des voitures électriques ne prennent pas feu plus souvent que les moteurs thermiques, 8 juillet 2026
https://www.journaldugeek.com/2026/07/08/non-les-batteries-des-voitures-electriques-ne-prennent-pas-feu-plus-souvent-que-les-moteurs-thermiques/
- Electric Vehicle Council (Australie), Are electric vehicle fires common?
https://electricvehiclecouncil.com.au/docs/are-electric-vehicle-fires-common/
- EV FireSafe, base de données mondiale des feux de batteries de véhicules électriques
https://www.evfiresafe.com/ev-battery-fire-data
- Swinburne University, Electric vehicle fires are very rare. The risk for petrol and diesel vehicles is at least 20 times higher
https://www.swinburne.edu.au/news/2023/09/electric-vehicle-fires-are-very-rare-the-risk-for-petrol-and-diesel-vehicles-is-at-least-20-times-higher/
- Interesting Engineering, Do EVs catch fire more than gas cars? A data-driven safety comparison
https://interestingengineering.com/transportation/do-electric-vehicles-really-catch-fire-more
- Régie du bâtiment du Québec, entrepreneur électricien certifié RBQ
https://www.rbq.gouv.qc.ca/









