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Lithion Technologies : le Québec s’apprête-t-il à commettre une erreur monumentale?

Le compte à rebours est lancé. D’ici demain, si rien n’est fait, Lithion Technologies sera liquidée. Une entreprise québécoise, fondée ici, qui a développé une technologie de recyclage de batteries fonctionnelle et reconnue mondialement. Partie en fumée. Pour 30 millions de dollars.

Trente millions. Une goutte d’eau dans l’océan.

Une réponse gouvernementale déconcertante

La réponse du cabinet du ministre Jean Boulet a de quoi laisser perplexe. Le gouvernement parle d’une « décision difficile, mais responsable » et affirme que « le contexte actuel, marqué par un ralentissement mondial de l’industrie des batteries, compromet sérieusement la rentabilité ».

Or, cette semaine même, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié un rapport qui dit exactement le contraire. Le marché mondial des batteries lithium-ion a dépassé 150 milliards de dollars américains en 2025 – une augmentation de plus de 20% par rapport à 2024. Le déploiement total atteint maintenant 1 600 GWh. Ce n’est pas un ralentissement, c’est une explosion.

Les batteries deviennent un élément essentiel du secteur automobile, une source cruciale de flexibilité pour les systèmes électriques, et même une alimentation de secours pour les centres de données et l’intelligence artificielle. On parle d’un marché stratégique mondial. Et le Québec laisse tomber son seul joueur capable de recycler ces batteries?

Des chiffres qui parlent

Daniel Breton, PDG de Mobilité Électrique Canada (MEC), ne mâche pas ses mots. Selon son association, l’industrie québécoise risque de perdre entre 850 millions et 4,5 milliards de dollars en minéraux critiques.

Quelques faits que nos décideurs semblent ignorer : le Québec abrite 45% de tous les véhicules électriques qui circulent au Canada. Ces véhicules ont des batteries. Ces batteries devront un jour être recyclées. Ce n’est pas « peut-être », c’est mathématique.

Le Québec s’est fixé un objectif de 90% de ventes de véhicules électriques d’ici 2035. Le Canada vise 75%. Ça signifie des millions de batteries à recycler dans les prochaines années. Fermer notre seule usine capable de le faire relève-t-il vraiment de la prudence?

« Lithion, ce n’est pas Northvolt »

C’est ce que répète Daniel Breton, et il a raison de le souligner.

Northvolt, c’était un projet de plusieurs milliards, avec des ambitions démesurées et des problèmes de gestion reconnus. Lithion, c’est une PME québécoise qui a développé un procédé qui fonctionne. L’usine de Saint-Bruno-de-Montarville existe. La technologie est prouvée. Hyundai était client.

Ce dont Lithion a besoin, c’est du « capital patient ». Trente millions de dollars sur cinq ans pour atteindre le point d’équilibre vers 2030, quand le volume de batteries à recycler aura explosé.

Trente millions sur les 1,5 milliard du Fonds pour l’infrastructure des minéraux critiques du gouvernement fédéral. C’est 2% du fonds. Une goutte d’eau.

La question de sécurité nationale

Si Lithion ferme, où iront nos batteries usagées? Aux États-Unis. Chez nos voisins du Sud qui, en ce moment, ne sont pas exactement nos meilleurs amis sur le plan commercial.

On parle de sécurité nationale et de minéraux critiques. On parle de ne pas dépendre de la Chine. Mais on va envoyer nos minéraux stratégiques se faire recycler chez un partenaire commercial qui nous menace de tarifs douaniers?

Il y a quelques années, l’administration Biden avait exigé du Canada qu’il expulse les intérêts chinois des projets de mines de minéraux critiques. Les Américains comprennent l’enjeu stratégique. Et nous, on abandonne notre capacité de recyclage pour économiser 30 millions?

Le vrai coût de cette décision

Depuis la fermeture de Lithion en octobre dernier, les coûts et les risques liés au transport des batteries usagées ont augmenté pour toutes les entreprises québécoises. Si les batteries doivent être recyclées beaucoup plus loin, ça va se répercuter directement sur le prix que les consommateurs vont payer pour leurs véhicules.

On veut encourager l’adoption des véhicules électriques, mais on prend des décisions qui vont les rendre plus chers. Cherchez l’erreur.

Ian Sam Yue Chi, PDG de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec, ne cache pas sa déception : « C’est une pousse québécoise qui avait un procédé fonctionnel et qui parle à nos ambitions environnementales. Je trouve ça triste que Lithion ne puisse pas continuer dans sa forme actuelle. »

Il reste quelques heures

Un repreneur mystérieux s’est manifesté in extremis fin janvier. KPMG analyse son offre. Peut-être qu’un miracle va se produire.

Mais ce ne devrait pas être un miracle. Ce devrait être une évidence.

Le Québec a une chance unique de devenir un leader dans l’économie circulaire des batteries. La province a l’hydroélectricité propre. Elle a les minéraux critiques. Elle avait la technologie de recyclage.

Tout ça risque d’être gaspillé pour une question de 30 millions de dollars – moins que le coût d’un kilomètre d’autoroute.

Dans dix ans, quand on paiera le gros prix pour faire recycler nos batteries ailleurs, on se demandera comment on a pu être aussi myopes.

Références

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