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Une Mustang électrique vient de battre toutes les voitures à essence à Pikes Peak. Pour la première fois depuis 2018.

Hier dimanche, sur les flancs d’une montagne du Colorado où se court depuis 1916 ce que les amateurs de course appellent simplement la “Course vers les nuages”, la Ford Super Mustang Mach-E électrique a franchi la ligne d’arrivée la première. Pas dans sa catégorie. Pas avec un astérisque. Premier au classement général, devant tous les prototypes à essence qui s’étaient présentés au départ. Le temps : 8 minutes, 18 secondes et 202 millièmes. La 104e édition du Pikes Peak International Hill Climb a couronné un véhicule électrique, et ce n’est pas une coïncidence.

Le contexte : pourquoi Pikes Peak est devenu un terrain favorable aux VE

Pikes Peak n’est pas une course comme les autres. Le tracé fait 19,99 kilomètres et compte 156 virages. Il commence à 2 862 mètres d’altitude et se termine à 4 302 mètres. La pente moyenne est de 7,2 %. Et surtout, l’air se raréfie au fur et à mesure que la voiture monte. Pour un moteur à combustion, qui dépend de l’oxygène pour brûler son carburant, cela signifie une perte progressive de puissance pouvant atteindre 30 % au sommet. Pour un moteur électrique, qui ne dépend pas de l’oxygène, la puissance reste constante du départ à l’arrivée.

C’est exactement pourquoi le record absolu de Pikes Peak, établi en 2018, est détenu par un véhicule électrique : la Volkswagen ID.R, avec un temps de 7 minutes 57 secondes 148 millièmes. Le pilote ce jour-là? Romain Dumas. Le même qui a remporté hier la course au volant de la Ford. La montagne ne pardonne pas, mais elle récompense l’efficacité.

Ce qui s’est passé hier sur le tracé

Romain Dumas n’a pas dominé qu’un seul concurrent : il a battu le 2e classé, Robin Shute dans un prototype Sendycar V1 à roues ouvertes ultraléger, par 11,295 secondes d’écart. Le champion en titre Simone Faggioli, dans un Nova Proto NP01, a fini 3e à 14,795 secondes, ralenti par un problème technique pendant l’ascension. Faggioli avait pourtant signé la pole position en qualifications le jeudi précédent et était considéré comme le favori avant la course.

Pour Dumas, cette victoire représente son sixième titre de Roi de la Montagne. Pour Ford, c’est l’aboutissement d’un programme commencé avec le SuperVan électrique en 2023, puis le SuperTruck F-150 Lightning en 2024 (avec lequel Dumas avait déjà gagné), et enfin cette Super Mustang Mach-E en 2025 et 2026. L’année dernière, la course avait été raccourcie en raison de vents violents au sommet. La Ford avait gagné sa catégorie, mais perdu le général. Cette année, avec un tracé complet ouvert sous un beau temps, le résultat ne faisait plus de doute selon les observateurs présents.

Ce qu’est vraiment la Super Mustang Mach-E

Il faut être clair sur un point : cette Mustang n’a pratiquement rien en commun avec le VUS électrique que Ford vend dans ses concessionnaires. C’est un prototype de course pur, conçu uniquement pour gravir cette montagne. Plus de 1 400 chevaux répartis sur trois moteurs électriques. À 240 km/h en pleine ligne droite, le véhicule génère environ 3 100 kilogrammes d’appui aérodynamique, soit l’équivalent d’un camion lourd appuyé sur le toit. Système de freinage carbone, jantes en magnésium forgé, pneus Pirelli P Zero développés sur mesure.

La vitesse moyenne de Dumas pendant l’ascension complète : 139 km/h. C’est lent en valeur absolue, mais quand on rappelle qu’il s’agit d’un tracé en montagne avec 156 virages, dont une partie sans glissière de sécurité, c’est ahurissant.

L’angle qui mérite d’être souligné

Au-delà du résultat sportif, ce qui rend cette victoire significative pour l’industrie, c’est qu’elle ne s’est pas obtenue contre des voitures de série. Le 2e classé est un prototype Sendycar à roues ouvertes, conçu spécifiquement pour battre Pikes Peak. Le 3e est un Nova Proto NP01, lui aussi un prototype pur de course de côte. La Super Mustang Mach-E a battu de la pure machinerie de course de cote, construite spécifiquement pour attaquer cette montagne, avec aucun compromis lié à la production de série.

L’argument souvent répété, “les VE c’est bien pour les petits trajets, mais pour la performance pure il faut un moteur à essence”, a perdu de sa pertinence à Pikes Peak depuis 2018. Hier, il a perdu encore plus de terrain. Il faut aussi noter qu’une Corvette ZR1X hybride, conduite par JR Hildebrand de l’IndyCar, a établi un nouveau record pour les voitures de production en finissant 9e au classement général. La performance électrique et hybride de haut niveau commence à dominer cette course.

Ce que ça signifie pour le conducteur québécois de tous les jours

La Super Mustang Mach-E ne sera jamais dans votre entrée. Avec ses 1 400 chevaux et son aérodynamique de prototype, c’est un véhicule de démonstration, pas de production. Mais ce qu’elle prouve, c’est que la technologie électrique peut produire le meilleur niveau de performance automobile actuel. Ce que Ford apprend en faisant courir des prototypes électriques à Pikes Peak nourrit le développement de ses véhicules de production. Les algorithmes de gestion thermique, les architectures de moteurs multiples, les systèmes de freinage régénératif à haute performance : tout ça finit, avec quelques années de décalage, dans les véhicules qu’on peut acheter chez un concessionnaire.

Pour le marché québécois en 2026, la Mustang Mach-E de série reste disponible, admissible au programme PAVÉ fédéral pour la version Select à autonomie standard. Ce n’est pas un prototype Pikes Peak, mais elle profite de la même philosophie d’ingénierie. Et chaque matin, branchée à une borne de niveau 2 sur du 240 volts dans le garage, elle redémarre prête à rouler. Aucune raréfaction d’oxygène à craindre dans les Laurentides ni à Charlevoix.

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