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Lucid dément les rumeurs de faillite après une chute boursière historique. Mais son avenir dépend vraiment d’un futur modèle plus abordable.

Le 14 juillet 2026 restera une date mouvementée dans l’histoire boursière de Lucid Motors. En l’espace de quelques heures, l’action du constructeur californien de véhicules électriques de luxe a perdu jusqu’à 57 % de sa valeur, la pire chute intrajournalière de son histoire en bourse, avant de remonter pour clôturer la séance en baisse d’environ 15 à 16 %.

La cause : un article publié par le site spécialisé electric-vehicles.com affirmant que la firme de restructuration AlixPartners aurait recommandé au conseil d’administration de Lucid d’envisager une protection sous le chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, ou un retrait de la bourse. Lucid a rapidement démenti. Voici ce qui s’est réellement passé, et pourquoi la question de fond reste entière.

Ce que Lucid a dit, mot pour mot

Nick Twork, chef des communications de Lucid, n’a pas laissé de place à l’ambiguïté dans sa réponse. Il a qualifié les rumeurs de complètement fausses, précisant qu’AlixPartners n’avait recommandé aucune faillite à la direction ni au conseil d’administration, et que la firme travaillait exclusivement sur l’amélioration de l’efficacité opérationnelle de l’entreprise. Il a également confirmé qu’aucun comité spécial du conseil n’avait été formé pour explorer un rachat ou une restructuration financière, et que l’entreprise disposait de liquidités suffisantes pour poursuivre ses activités bien au-delà de l’année en cours.

Ce dernier point est appuyé par les chiffres. Selon le dernier rapport trimestriel de Lucid, l’entreprise disposait d’environ 714 millions de dollars en liquidités et équivalents à la fin du premier trimestre 2026, pour une liquidité totale avoisinant 3,2 milliards de dollars. En avril, elle avait levé 1,05 milliard de dollars supplémentaires, incluant 550 millions en actions privilégiées convertibles du Fonds d’investissement public saoudien (PIF), son actionnaire majoritaire, et 200 millions provenant d’Uber. Le 6 juillet, une semaine avant la chute boursière, Lucid avait aussi puisé 800 millions de dollars supplémentaires dans une facilité de crédit liée au PIF.

Le contexte qui explique la nervosité passagère du marché

Si les chiffres de liquidité contredisent clairement une faillite imminente, la réaction du marché s’explique tout de même par le contexte plus large dans lequel Lucid évolue. Comme la plupart des jeunes constructeurs de véhicules électriques, l’entreprise traverse une phase de croissance exigeante en capital. Elle a enregistré une perte nette au premier trimestre 2026, dans la continuité de sa stratégie d’investissement massif dans ses technologies et sa nouvelle plateforme de production.

Sous la direction du nouveau chef de la direction Silvio Napoli, entré en poste le 1er juin, l’entreprise a entrepris un exercice de rationalisation de ses effectifs et de sa production, une démarche courante lorsqu’une entreprise en forte croissance ajuste son rythme à la demande du marché.
Le contexte américain plus large n’a pas aidé : le retrait du crédit d’impôt fédéral de 7 500 dollars sur l’achat d’un VE, à l’automne 2025, a ralenti l’ensemble de l’industrie américaine du véhicule électrique, pas seulement Lucid. C’est dans ce climat d’ensemble un peu plus prudent que la simple mention du nom AlixPartners, une firme de conseil en restructuration qui accompagne des entreprises de tous les secteurs sur des mandats très variés, a suffi à alimenter des spéculations disproportionnées. Comme l’a clairement précisé Lucid, ce type de mandat porte couramment sur l’amélioration de l’efficacité opérationnelle et n’a rien d’inhabituel pour une entreprise en pleine phase de scale-up.

La vraie question : est-ce que le modèle abordable arrivera à temps?

Au-delà de l’épisode boursier de la semaine dernière, la question structurelle qui détermine l’avenir de Lucid reste la même depuis des mois. L’entreprise ne vend actuellement que deux véhicules, la berline Air à partir d’environ 77 400 dollars américains et le VUS Gravity, tous deux positionnés dans le segment ultra-luxe. Sur un marché où plus de 90 % des ventes de Tesla proviennent de ses deux modèles les plus abordables, le Model 3 et le Model Y, Lucid reste structurellement incapable d’atteindre le volume de ventes nécessaire pour devenir rentable avec une gamme entièrement positionnée au-dessus de 70 000 dollars.

La réponse de l’entreprise à ce problème porte un nom : Earth. Ce VUS de taille moyenne, dévoilé par teaser et confirmé lors d’une journée investisseurs plus tôt cette année, viserait un prix de départ sous les 50 000 dollars américains, un segment radicalement différent de tout ce que Lucid a produit jusqu’ici. Il serait accompagné d’un second modèle, le Cosmos, et potentiellement d’un troisième véhicule encore sans nom, formant ensemble une nouvelle plateforme de taille moyenne construite au moins en partie dans la nouvelle usine AMP-2 de Lucid, en Arabie saoudite.

Le calendrier reste toutefois incertain. Le début de production du Earth est visé pour la fin de 2026 ou 2027 selon les sources, un échéancier que Lucid a déjà repoussé par le passé pour d’autres modèles. L’ancien chef de la direction par intérim, Marc Winterhoff, avait lui-même reconnu que des fonds supplémentaires seraient nécessaires pour atteindre cet objectif, une déclaration qui prend un tout autre poids à la lumière des tensions de liquidité actuelles.

Ce qu’il faut retenir

Aucune faillite n’a été déposée. Aucune divulgation réglementaire à la SEC ne confirme quoi que ce soit de ce genre. Le démenti de Lucid a été rapide, précis et nommément attribué, ce qui contraste avec le rapport initial basé sur des sources anonymes provenant d’un site sans grand historique de fiabilité en matière de sourcing. Les prochains résultats financiers de Lucid, attendus le 4 août, seront le prochain test réel pour juger de la trajectoire de l’entreprise.

Cela dit, la nervosité du marché n’était pas complètement déconnectée de la réalité. Lucid brûle des liquidités à un rythme important, dépend fortement du soutien continu de son actionnaire saoudien, et joue une bonne partie de son avenir sur sa capacité à livrer, dans les délais, un véhicule qui n’existe encore que sous forme de silhouette voilée sur une photo teaser. L’histoire de l’industrie du véhicule électrique regorge d’entreprises qui n’ont jamais réussi à franchir cette étape.

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