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Comment les constructeurs chinois cherchent à réduire l’effet des droits européens en produisant en Europe

En octobre 2024, l’Union européenne a imposé des droits compensateurs additionnels sur les véhicules électriques à batterie fabriqués en Chine, en plus du tarif douanier européen normal de 10 pour cent déjà en vigueur, pour contrer des subventions d’État jugées déloyales envers son industrie automobile.

Près de deux ans plus tard, plusieurs constructeurs chinois misent sur une réponse industrielle concrète : construire ou faire produire leurs véhicules électriques directement en Europe. Voici où en sont réellement ces projets, usine par usine.

Une facture salée selon la marque

Les droits compensateurs additionnels varient selon le niveau de subvention publique établi par Bruxelles pour chaque constructeur : environ 17 pour cent pour BYD, 18,8 pour cent pour Geely et 35,3 pour cent pour SAIC, la société mère de MG. Ces droits s’ajoutent au tarif européen normal de 10 pour cent. Sur un véhicule évalué à 30 000 euros, cela représente environ 5 100 euros de droits additionnels pour BYD, 5 640 euros pour Geely et 10 590 euros pour SAIC.

Une production suffisamment localisée dans l’Union européenne peut permettre d’éviter ces droits additionnels, qui s’appliquent aux véhicules finis fabriqués en Chine. L’effet réel dépend toutefois des règles d’origine et du degré véritable de fabrication locale : un simple assemblage final de pièces importées ne suffit pas nécessairement à qualifier un véhicule comme européen.

Cinq projets de production, cinq degrés d’avancement

BYD
Szeged, Hongrie
Modèle(s) électrique(s)
À déterminer, dont possiblement le Dolphin Surf
Capacité annoncée
Environ 150 000 véhicules/an en première phase, jusqu'à 300 000/an évoqués à plus long terme
Statut en août 2026
Production en série prévue en 2026, calendrier précis incertain
BYD
Manisa, Turquie
Modèle(s) électrique(s)
Capacité annoncée
Environ 150 000 véhicules/an visés, investissement d'environ 1 milliard de dollars
Statut en août 2026
Projet mis en pause en juin 2026, aucun échéancier de reprise confirmé
Geely (avec Ford)
Valence, Espagne
Modèle(s) électrique(s)
EX2 envisagé, non confirmé
Capacité annoncée
Non confirmée
Statut en août 2026
En négociation pour l'utilisation de capacité excédentaire, démarrage envisagé à partir de 2028
Leapmotor (partenariat Stellantis)
Saragosse, Espagne
Modèle(s) électrique(s)
B10 (en production), B05 prévu
Capacité annoncée
Investissement annoncé d'environ 200 millions, capacité précise non confirmée
Statut en août 2026
B10 en production depuis 2026
Voyah / Dongfeng (Stellantis)
Rennes-La Janais, France
Modèle(s) électrique(s)
VUS Voyah
Capacité annoncée
Jusqu'à 40 000 véhicules/an, selon des informations rapportées
Statut en août 2026
Intention annoncée, entente non signée, démarrage possible en 2028

BYD demeure le constructeur le plus avancé, avec l’usine de Szeged comme priorité. Selon des propos rapportés de sa vice-présidente exécutive, Stella Li, l’entreprise souhaiterait augmenter fortement la part de sa production destinée au marché européen fabriquée sur le continent; l’objectif de produire l’ensemble de ses véhicules européens en Europe d’ici 2028, parfois cité, demeure une ambition rapportée plutôt qu’un engagement officiel confirmé.

Une solution qui arrange aussi certains constructeurs européens

Cette stratégie de partage d’usines profite aussi à des constructeurs européens aux prises avec une sous-utilisation marquée de leurs installations. Selon une analyse de Boston Consulting Group, un taux d’utilisation d’environ 80 pour cent constitue depuis longtemps un repère de viabilité économique pour les réseaux de production automobile, un seuil qui varie néanmoins selon les coûts fixes, les volumes et la complexité de chaque usine plutôt que d’agir comme une règle universelle de rentabilité.

Or, les usines européennes fonctionneraient en moyenne autour de 60 pour cent de leur capacité, ce qui représenterait une surcapacité de plus de 5,4 millions de véhicules, soit l’équivalent de plus de 35 usines. Stellantis a lui-même indiqué vouloir faire passer l’utilisation de ses capacités européennes d’environ 60 à 80 pour cent, notamment en partageant certains sites, comme Saragosse et Rennes, avec des partenaires comme Leapmotor et Dongfeng.

Un deuxième front : les hybrides rechargeables

Les droits compensateurs adoptés en 2024 visent les voitures électriques à batterie fabriquées en Chine; les hybrides rechargeables ne sont pas couverts par ces mesures précises, ce qui ne signifie pas qu’ils sont exemptés de toute autre mesure douanière possible. Cette distinction a néanmoins coïncidé avec une forte hausse des exportations chinoises d’hybrides rechargeables vers l’Europe. Selon une analyse de Transport & Environment, la part des hybrides rechargeables de marques chinoises sur le marché européen est passée d’environ 3 pour cent en 2024 à 13 pour cent au premier trimestre de 2026, et les véhicules fabriqués en Chine représentent maintenant environ 60 pour cent de l’ensemble des hybrides rechargeables importés dans l’Union européenne.

Ce que montrent les chiffres de marché

La part des véhicules électriques fabriqués en Chine sur le marché européen des VE est passée d’un sommet de 22 pour cent en 2024 à 17 pour cent au premier trimestre de 2026, selon Transport & Environment. Ce recul s’explique surtout par le rapatriement en Europe de la production de marques occidentales qui fabriquaient auparavant en Chine, comme Tesla, BMW et Volvo, plutôt que par un recul des marques chinoises elles-mêmes, qui représentent aujourd’hui plus de la moitié des véhicules électriques importés de Chine vers l’Europe. Selon une projection de Transport & Environment, environ 60 pour cent des véhicules vendus en Europe sous une marque chinoise pourraient encore être fabriqués en Chine en 2035, même après l’expansion des capacités de production européennes.

Et pour le Québec dans tout ça?

Le Canada applique un régime distinct de celui de l’Union européenne : une surtaxe additionnelle de 100 pour cent sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, en vigueur depuis le 1er octobre 2024, qui s’ajoute au tarif de la nation la plus favorisée de 6,1 pour cent déjà applicable, selon le ministère des Finances du Canada. Cette mesure limite fortement l’accès direct des marques chinoises au marché québécois, et une production locale en Europe ne modifie pas automatiquement le traitement douanier applicable aux véhicules importés au Canada. Ce mouvement de production européenne illustre néanmoins une stratégie industrielle que les constructeurs chinois pourraient chercher à adapter ailleurs si l’occasion se présentait, un dossier que nous continuons de suivre chez Roulez Électrique pour bien comprendre l’évolution du marché mondial des véhicules électriques.

Références

Analyses et données

Couverture des projets d’usines

Régime tarifaire canadien

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