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Dongfeng dévoile ses intentions pour le Canada à Montréal : le Québec, cible prioritaire des constructeurs chinois

Mardi dernier, au Grand Quai du Vieux-Port de Montréal, un constructeur automobile chinois a fait quelque chose que personne n’avait encore osé faire au Canada : exposer publiquement six véhicules électriques avant même d’avoir obtenu le droit de les vendre.

Dongfeng Motor Corporation, l’un des plus grands groupes automobiles d’État en Chine, a profité de l’événement pour confirmer ses intentions envers le marché canadien, avec le Québec identifié sans détour comme la région la plus prometteuse au pays.

Ce qui était exposé, et ce qui s’en vient vraiment

Six véhicules provenant de quatre sous-marques de Dongfeng étaient présentés : les modèles Free et Dream de Voyah, un véhicule tout-terrain M-Hero M817, la berline Dongfeng eπ007, ainsi que les citadines Nammi 01 et Nammi 06. Mais selon les précisions apportées par Julie Mazorra Fernández, directrice de North World Industry, le distributeur canadien désigné de Dongfeng, seuls deux modèles sont réellement dans la mire pour une importation prochaine : le Vigo, un petit VUS électrique appelé Nammi 06 en Chine, et le Box, une citadine à hayon appelée Nammi 01 en Chine. Les deux devraient se détailler sous les 35 000 dollars.

Ces deux véhicules sont actuellement soumis au processus de certification auprès de Transports Canada. Mazorra Fernández a résumé la situation à La Presse en ces termes : l’entreprise espère être en mesure de fournir toute la documentation nécessaire pour obtenir son permis d’importation dans les prochains mois, avec un lancement visé pour l’an prochain, sans date précise confirmée pour l’instant.

Les chiffres qui donnent une idée du prix

Aucun prix officiel n’a été communiqué pour le marché canadien à ce jour. Mais quelques repères sont disponibles. Selon les données publiées par GlobalChinaEV, la citadine Nammi 01 démarre à 59 800 yuans en Chine, soit environ 8 820 dollars canadiens, et la Nammi 06 à 89 900 yuans, soit environ 13 260 dollars canadiens.

Ces prix chinois ne se traduisent évidemment pas directement au Canada une fois les coûts de transport, les assurances, les droits et la marge du distributeur ajoutés, mais ils donnent une idée de la structure de coûts de départ. Le site de Dongfeng Canada indique par ailleurs que le Box pourrait offrir une autonomie approchant les 430 kilomètres, avec une recharge de 30 % à 80 % en environ 30 minutes.

Pourquoi le Québec spécifiquement

La déclaration de Julie Mazorra Fernández à La Presse est sans équivoque sur ce point : le Québec est vu comme le marché régional le plus prometteur au pays pour les constructeurs chinois. Elle a même évoqué la possibilité d’une présence industrielle à plus long terme, notant que le Québec ne compte actuellement aucun manufacturier automobile établi, ce qui laisse selon elle beaucoup de possibilités sur ce marché spécifique. Dongfeng exploite déjà des usines conjointes avec Stellantis et Nissan en Europe et en Amérique du Sud, un modèle qu’elle a cité comme piste pour d’éventuels investissements canadiens.

L’accueil du public présent à l’événement montréalais reflétait cet intérêt. Le Globe and Mail a rapporté les propos de Lise Dubuc, une directrice d’école retraitée de Montréal, qui n’hésiterait pas à acheter un véhicule Dongfeng, motivée principalement par le prix mais aussi par sa confiance dans la fiabilité croissante des constructeurs chinois. Un sondage Léger cité par l’AVÉQ va dans le même sens : 72 % des Québécois se disent favorables à l’arrivée de ces véhicules sur le marché.

Le contexte réglementaire : un quota qui se remplit rapidement

Cette percée de Dongfeng s’inscrit dans le cadre de l’accord commercial conclu en janvier 2026 entre le premier ministre Mark Carney et Pékin, qui a ramené le tarif douanier sur les véhicules électriques fabriqués en Chine de 100 % à 6,1 %, dans la limite d’un quota annuel de 49 000 unités. Selon des données gouvernementales publiées le 10 juillet et rapportées par Electric Vehicles, 6 531 véhicules avaient déjà été importés sous ce cadre en date de la mi-année, soit 26,7 % du quota de 24 500 unités permis pour la première fenêtre semestrielle qui se termine le 31 août. La quasi-totalité de ce volume initial est constituée de berlines Tesla Model 3 fabriquées à Shanghai.

Dongfeng s’ajoute ainsi à une liste déjà bien remplie de constructeurs chinois en démarche d’entrée au Canada, aux côtés de BYD, Chery et Geely. Ottawa évaluerait même la possibilité d’imposer des plafonds par entreprise pour éviter qu’une seule marque n’accapare une trop grande partie du quota disponible.

Un enjeu qui dépasse le seul marché automobile

L’arrivée potentielle de Dongfeng touche à des considérations qui vont au-delà du prix et de l’autonomie. Le premier ministre Carney a été clair lors du sommet du G7 le mois dernier : le Canada ne s’intéresse à l’investissement chinois que lorsqu’il s’accompagne d’une production matériellement canadienne, ce qui exclut le simple assemblage de kits importés sans valeur ajoutée réelle. Les conditions évoquées incluent des partenariats en coentreprise, un contrôle canadien, une valeur ajoutée substantielle et le respect des normes de travail canadiennes.

Un autre enjeu, moins souvent discuté publiquement, concerne les données recueillies par ces véhicules connectés. Dongfeng étant une entreprise d’État chinoise, des questions ont été soulevées quant à l’encadrement réglementaire de ces données au Canada, un sujet que le ministère de l’Industrie a confirmé être en développement, sans échéancier annoncé à ce jour.

Ce que ça change pour l’acheteur québécois aujourd’hui

Concrètement, rien ne change encore. Aucun véhicule Dongfeng n’est disponible à l’achat au Canada, la certification est en cours, et le lancement le plus optimiste évoqué par l’entreprise elle-même vise 2027. Pour l’acheteur québécois qui songe à un véhicule électrique cette année, la situation reste la même qu’avant cet événement : les incitatifs actuels, jusqu’à 5 000 dollars via le PAVÉ fédéral et 2 000 dollars via le programme provincial Écorecharge, plus 600 dollars pour l’installation d’une borne résidentielle, demeurent disponibles jusqu’au 31 décembre 2026, sur des modèles déjà éprouvés et disponibles chez les concessionnaires dès maintenant.

Ce que cet événement confirme, en revanche, c’est que le Québec est en train de devenir le terrain d’essai privilégié des constructeurs chinois au Canada. Pour les propriétaires actuels et futurs de véhicules électriques dans la province, cette compétition accrue entre marques ne peut que jouer en faveur de la diversité des choix et de la pression à la baisse sur les prix dans les années à venir.

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