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Crise pétrolière et VE : l’intérêt grimpe, mais les ventes suivent-elles?

Depuis le début du conflit en Iran fin février, le prix de l’essence a bondi de plus de 80 cents le gallon en un mois aux États-Unis. Au Québec, les automobilistes ressentent la même pression à la pompe. Et comme à chaque crise pétrolière, une question revient : est-ce que ça va finalement convaincre les gens de passer à l’électrique?

Les données récentes semblent encourageantes. Selon Edmunds, les recherches pour des véhicules électrifiés ont atteint 23,8 % de toute l’activité de recherche automobile durant la deuxième semaine de mars — un record pour 2026. C’est une hausse de trois points par rapport à la semaine précédant le conflit. Mais voilà : entre « s’intéresser » et « acheter », il y a un fossé que les crises pétrolières ne comblent pas toujours.

Le précédent ukrainien : intérêt en hausse, ventes… aussi?

En février 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait provoqué une flambée similaire des prix du pétrole. L’intérêt pour les VE avait alors grimpé de 17,5 % à 25,1 % des recherches automobiles en un mois selon Edmunds. Et les ventes ont effectivement suivi : la part de marché des VE aux États-Unis est passée de 2,7 % au deuxième trimestre 2021 à 5,6 % au deuxième trimestre 2022.

Mais il faut nuancer. En 2022, le crédit d’impôt fédéral américain de 7 500 $ était encore en vigueur. Les constructeurs lançaient des dizaines de nouveaux modèles. Et surtout, les prix de l’essence sont restés élevés pendant des mois — assez longtemps pour que l’intérêt se transforme en décision d’achat.

Le seuil psychologique du 4 $ le gallon

Les analystes de Cox Automotive ont identifié un seuil critique : c’est autour de 4 $ le gallon (environ 1,40 $ le litre) que les consommateurs américains commencent vraiment à envisager un changement. Pour un bouleversement massif des habitudes d’achat, il faudrait atteindre 6 $ le gallon. Nous n’y sommes pas encore.

Kevin Roberts, de CarGurus, résume bien la situation : « Les consommateurs réagissent fortement aux prix de l’essence, mais il faut généralement atteindre un chiffre rond psychologique. Le seuil de 4 $ pourrait être celui à surveiller. » En mars 2026, le prix moyen américain tourne autour de 3,79 $; proche, mais pas encore franchi.

Un « changement de mood », pas encore une ruée

Jessica Caldwell, d’Edmunds, qualifie la situation actuelle de « vibe shift » plutôt que de véritable mouvement d’achat. Les gens regardent, comparent, calculent, mais n’achètent pas nécessairement. Et pour cause : le contexte économique de 2026 est bien différent de celui de 2022.

Le prix moyen d’un véhicule neuf aux États-Unis a atteint 48 766 $ en février 2026, contre 45 596 $ en février 2022. Les taux d’intérêt moyens sur les prêts auto sont passés de 4,4 % à 7,0 %. Résultat : le paiement mensuel moyen a bondi de 656 $ à 775 $. Autrement dit, vouloir économiser 50 $ par mois en essence peut rapidement se transformer en engagement de 50 000 $ sur plusieurs années.

L’avantage québécois : l’hydroélectricité comme bouclier

Au Québec, la situation est différente et plus favorable aux VE. Contrairement au prix de l’essence, qui fluctue au gré des tensions géopolitiques, les tarifs d’Hydro-Québec sont réglementés et remarquablement stables. Comme le souligne Erich Muehlegger, économiste à l’Université de Californie à Davis : « Les prix résidentiels de l’électricité sont réglementés et beaucoup moins volatils que ceux de l’essence. Les propriétaires de VE sont largement isolés des chocs pétroliers. »

C’est un argument de poids pour les Québécois qui hésitent encore : la crise actuelle ne changera pas leur facture d’électricité, mais elle fait déjà mal à la pompe.

Le marché usagé : la vraie opportunité de 2026

Si les crises pétrolières ne déclenchent pas toujours des vagues d’achats de VE neufs, elles pourraient cette fois profiter au marché de l’occasion. Plus de 300 000 VE reviendront de location en 2026, une hausse de 230 % par rapport à 2025. Ces véhicules de deux à trois ans, souvent avec moins de 40 000 km, arrivent sur le marché à des prix en chute libre.

Selon Autoblog, plus de la moitié des VE usagés se vendent désormais sous les 30 000 $. Pour les budgets serrés, c’est une porte d’entrée intéressante, même sans subvention (non applicables dans ce cas).

Pour ceux qui préfèrent le neuf, le programme EVAP fédéral (5 000 $) s’ouvre le 31 mars et peut se cumuler avec le rabais Roulez vert provincial (2 000 $) — un total de 7 000 $ qui rend certains modèles nettement plus accessibles. Deux chemins, deux logiques : subventions sur le neuf, dépréciation sur l’usagé.

La leçon de l’histoire? Les crises pétrolières font parler des VE. Mais ce qui fait vraiment bouger les ventes, c’est la combinaison de prix accessibles, d’incitatifs ciblés et d’une infrastructure de recharge fiable. Au Québec, ces conditions commencent à s’aligner. Le reste dépend du portefeuille, et du timing, des acheteurs.

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