Le nouveau Premier ministre Mark Carney vient de créer une onde de choc dans l’industrie automobile nord-américaine. Lors de sa visite historique à Pékin – la première d’un PM canadien depuis 2017 – il a conclu un accord commercial qui pourrait transformer radicalement le marché des véhicules électriques au Canada. En échange d’une réduction des tarifs chinois sur le canola, Ottawa accepte d’ouvrir ses portes à 49 000 VÉ chinois par année avec des tarifs réduits de 100% à seulement 6,1%. Une décision qui rompt avec la politique américaine et pourrait enfin rendre les voitures électriques abordables pour les Canadiens moyens.
Le grand revirement de 2026
Il y a à peine 15 mois, en octobre 2024, le gouvernement Trudeau imposait des tarifs punitifs de 100% sur tous les véhicules électriques chinois, alignant sa politique sur celle de Washington. L’argument? Protéger l’industrie automobile canadienne contre le “dumping” de VÉ chinois subventionnés qui menaçaient des millions d’emplois en Amérique du Nord. La Chine avait riposté en juillet 2025 avec des tarifs équivalents sur le canola canadien, transformant une denrée agricole en arme économique.
Mais voilà que Mark Carney, à peine installé au 24 Sussex, renverse complètement cette approche. L’accord signé à Pékin prévoit que dès le 1er mars 2026, la Chine réduira ses tarifs sur le canola de 84% à 15%, débloquant instantanément un marché de 4 milliards de dollars pour les agriculteurs des Prairies. En contrepartie, le Canada autorisera l’importation de 49 000 VÉ chinois annuellement avec le tarif standard de 6,1% – le taux de la nation la plus favorisée.
Des voitures électriques enfin abordables?
L’aspect le plus révolutionnaire de cet accord concerne le prix des véhicules. Ottawa anticipe que d’ici cinq ans, plus de 50% de ces importations seront des VÉ “abordables” avec un prix inférieur à 35 000$ canadiens . Une révolution quand on sait qu’actuellement, le VÉ le moins cher au Canada, la Nissan Leaf, démarre à 44 000$ avant subventions.
BYD, le géant chinois qui vend sa Seagull à moins de 15 000$ en Chine, pourrait théoriquement proposer des modèles sous les 30 000$ au Canada, même avec les frais de transport et les marges. Geely, Nio, Xpeng – tous ces constructeurs qui dominent le marché chinois pourraient soudainement devenir accessibles aux familles québécoises de classe moyenne.
Pour le Québec, qui vient de voir ses subventions Roulez vert fondre et qui doit composer avec la fin programmée du programme en 2026, l’arrivée de VÉ chinois abordables tombe à point. Les 49 000 unités autorisées représentent près de la moitié des 103 000 VÉ vendus au Québec en 2024. Si une portion significative arrive dans la Belle Province, cela pourrait maintenir la dynamique d’électrification malgré la disparition des aides gouvernementales.
Une rupture avec Washington
Cette décision marque une rupture spectaculaire avec la politique américaine. Alors que Donald Trump maintient et même durcit les tarifs de 100% sur les VÉ chinois, le Canada choisit l’ouverture commerciale. “Nous devons comprendre les différences entre le Canada et d’autres pays”, a déclaré Carney à Pékin, une référence à peine voilée aux pressions américaines.
L’ironie est palpable : Trump lui-même a récemment déclaré à Detroit être ouvert à l’arrivée de constructeurs chinois aux États-Unis, à condition qu’ils y construisent des usines. Mais ses tarifs de 100% rendent toute importation impossible. Pendant ce temps, le Canada pourrait devenir la porte d’entrée des VÉ chinois en Amérique du Nord, créant potentiellement des tensions avec son voisin du sud.
Les gagnants et les perdants
Les gagnants évidents : Les consommateurs canadiens qui pourront enfin accéder à des VÉ abordables. Les agriculteurs des Prairies, particulièrement en Saskatchewan qui produit plus de la moitié du canola canadien, retrouvent un marché crucial. Le Premier ministre Scott Moe s’est d’ailleurs empressé de saluer l’accord sur les réseaux sociaux.
Les perdants potentiels : L’industrie automobile traditionnelle qui perd sa protection tarifaire. General Motors, Ford, Stellantis et les autres constructeurs établis devront affronter une concurrence chinoise aux prix imbattables. Les syndicats sont inquiets, même si Ottawa promet que l’accord stimulera des “joint-ventures” sino-canadiennes créatrices d’emplois.
Le pari risqué de Carney
En négociant cet accord, Mark Carney fait un pari audacieux : que l’accès à des VÉ abordables accélérera la transition électrique et compensera les pertes d’emplois potentielles dans l’industrie automobile traditionnelle. Il mise aussi sur le fait que les constructeurs chinois, une fois établis au Canada, y installeront des usines d’assemblage pour contourner les quotas.
L’accord prévoit d’ailleurs que les 49 000 unités initiales pourraient passer à 70 000 d’ici cinq ans, et qu’une part croissante devrait être assemblée localement. BYD a déjà annoncé des projets d’usines au Mexique et au Brésil – le Canada pourrait être le prochain sur la liste.
Impact sur le marché québécois
Pour les entreprises comme Roulez Électrique qui accompagnent la transition électrique, cette ouverture aux VÉ chinois représente à la fois une opportunité et un défi. D’un côté, des véhicules plus abordables pourraient convaincre une clientèle plus large de faire le saut. De l’autre, l’arrivée de marques inconnues nécessitera un travail d’éducation sur la fiabilité, l’entretien et la valeur de revente.
Les bornes de recharge devront aussi s’adapter. Les VÉ chinois utilisent majoritairement le standard GB/T en Chine, mais les modèles d’exportation sont généralement équipés du CCS adopté en Amérique du Nord. Les installateurs devront se familiariser avec les spécificités de ces nouveaux véhicules.
Un tournant historique
L’accord Carney-Xi représente bien plus qu’un simple ajustement tarifaire. C’est un repositionnement stratégique du Canada dans la guerre commerciale sino-américaine. En choisissant le pragmatisme économique plutôt que l’alignement idéologique avec Washington, Ottawa envoie un message clair : les intérêts canadiens passent avant tout.
Pour les consommateurs québécois qui rêvent d’une voiture électrique mais sont rebutés par les prix actuels, 2026 pourrait marquer le début d’une nouvelle ère. Reste à voir si les VÉ chinois sauront conquérir un marché habitué aux standards de qualité nord-américains et si cette ouverture ne créera pas plus de problèmes qu’elle n’en résout.
Une chose est certaine : le paysage automobile canadien ne sera plus jamais le même.
Références
Sources principales
- Spencer Fernando – Carney gets a deal: China to lower tariffs (16 janvier 2026)
- CBC News – Canada reaches tariff-quota deal with China (16 janvier 2026)
- InsideEVs – Canada just opened the door to cheap Chinese EVs (16 janvier 2026)
- NPR – Canada agrees to cut tariff on Chinese EVs (16 janvier 2026)
Contexte historique
- CIGI – Canada’s 100% surcharge on Chinese EVs (2024)
- Gouvernement du Canada – Surtax on Chinese-made electric vehicles (août 2024)
- Canada Gazette – China surtax order (octobre 2024)









