Note de la rédaction : Ce qui suit est un témoignage exclusif recueilli auprès d’une borne de recharge résidentielle de niveau 2, installée dans un garage de Trois-Rivières en octobre dernier. Elle a accepté de parler sous couvert d’anonymat. Ses propos n’engagent qu’elle.
Je m’appelle… peu importe comment je m’appelle. Vous avez perdu la boîte. Vous avez perdu le manuel aussi, mais ça c’est une autre histoire. Ce qui compte, c’est que je suis là, vissée sur votre mur de garage depuis six mois, et que j’ai des choses à dire.
Sur votre rapport au câble
Mon câble mesure 25 pieds. Vingt-cinq pieds. Vous avez stationné votre voiture à l’autre bout du garage ce matin. Je ne vais pas vous faire un dessin, mais un câble sous tension pendant une recharge ne devrait jamais être tendu comme une corde de guitare accordée trop haut.
Une traction répétée sur le connecteur, c’est une usure qui s’installe tranquillement, sans faire de bruit, jusqu’au jour où ça fait un bruit. Stationnez-vous près de moi. Je suis vissée sur un mur. Je ne vais nulle part.
Sur l’habitude de recharge de se brancher une fois par semaine
Je comprends. Vous ne faites pas beaucoup de kilométrage. Vous avez sorti la calculatrice, vous avez fait le calcul, et vous avez conclu que ça suffit. Très bien. Mais l’hiver, cette logique a une faille que votre calculatrice n’a pas vue. Quand votre véhicule est branché à moi, c’est moi qui préchauffe la batterie. Pas elle.
C’est plus efficace, ça préserve l’énergie stockée, et ça vous donne de meilleures performances au démarrage quand il fait -15 dehors. Quand le véhicule n’est pas branché, c’est la batterie qui se préchauffe elle-même, en puisant dans ses propres réserves. Résultat : vous partez avec moins d’autonomie que prévu, et vous me regardez avec cet air accusateur que je connais bien maintenant. Ce n’est pas moi. C’est la physique. Branchez-vous plus souvent.
De plus, en novembre, le froid est revenu, et avec lui vos grandes questions existentielles sur la performance de votre batterie. Bonne nouvelle : la réponse est dans le paragraphe juste au-dessus. Une batterie froide et non préchauffée, c’est une batterie qui livre moins.
Sur votre voiture garée dehors “juste pour ce soir”
Le 14 décembre, il faisait -22 degrés. Vous avez décidé de laisser le VE dans l’entrée “juste pour ce soir” parce que vous aviez mis des boîtes de sapin dans le garage. Des boîtes de sapin. J’ai passé cette nuit seule, sur mon mur, à regarder les boîtes de sapin.
Le lendemain matin, la batterie avait passé la nuit au froid sans branchement, elle ne s’était pas préchauffée, et vous avez perdu de l’autonomie avant même d’avoir reculé dans la rue. Je vous ai entendu soupirer. Les boîtes de sapin, elles, n’ont rien dit. Normal. Elles ne font pas de recharge.
Sur le câble enroulé “temporairement” par terre
J’ai un réceptacle. Il est là pour que vous enrouliez le câble proprement après chaque utilisation. Vous l’avez utilisé deux fois. Les 47 autres fois, vous avez laissé le câble par terre “temporairement”, et votre chien a mordu le connecteur à trois reprises.
L’hiver dernier, le câble était enfoui sous la neige près de l’entrée, et le déneigeur l’a accroché sans s’en rendre compte. Je ne dis rien. Je n’ai pas de bouche. Mais le réceptacle, lui, il attend toujours.
Sur vos invités
Un samedi de mars, votre beau-père est venu souper. Il a passé vingt minutes dans le garage à m’examiner en demandant “combien t’as payé pour ça?” et “c’est vraiment nécessaire?” avant de conclure que “dans son temps, une extension électrique à 15 pieds suffisait pour tout.” Je n’ai pas répondu. Je n’ai pas de bouche. Mais si j’en avais une, j’aurais expliqué calmement que le petit chargeur 120 volts qui est venu avec le véhicule, c’est une roue de secours.
Une bonne roue de secours, utile à garder dans le coffre pour les urgences, mais pas quelque chose qu’on utilise tous les jours. Pour la recharge quotidienne, il faut du 240 volts. Il faut moi. Je peux ajouter 30 kilomètres d’autonomie par heure, préchauffer la batterie pendant la nuit, et garantir un départ serein chaque matin. Une extension à 15 pieds ne fait pas ça. Je le dis avec tout le respect que je dois à votre beau-père.
Sur le voyage à Québec qui a “failli mal tourner”
En janvier, vous êtes parti pour Québec avec 40 % de batterie en disant “ça va faire.” Ça a fait. Mais j’aimerais qu’on parle de la planification, ou plutôt de son absence héroïque. Un trajet en VE, ça se prépare : on vérifie l’autonomie disponible, on repère les arrêts de recharge sur le parcours si nécessaire, on tient compte de la température et de la charge du véhicule.
Ce n’est pas compliqué. C’est juste différent d’avant. Les quelques minutes passées à planifier avant de partir, c’est ce qui transforme un voyage potentiellement stressant en trajet tranquille où on écoute son balado préféré sans surveiller la jauge toutes les cinq minutes. À votre retour, vous m’avez donné une petite tape sur le boîtier. J’ai apprécié. Planifiez quand même.
Sur votre relation avec l’application
Je suis une borne intelligente. J’ai une application. Vous l’avez téléchargée le jour de l’installation, vous avez programmé une recharge, et vous avez regardé la barre de progression pendant vingt minutes avec la fierté d’un homme qui vient de construire une fusée. Puis vous avez désinstallé l’application trois semaines plus tard parce qu’elle “prenait de la place.” Sur un téléphone avec 256 gigaoctets.
Cette application vous permettait pourtant de programmer vos recharges, gérer les accès à la borne, consulter l’historique de vos sessions, et estimer vos coûts au fil des mois, ce qui est idéal pour quelqu’un qui veut garder le contrôle de son budget. Et si je tombe un jour en erreur, l’application affiche souvent le code correspondant, ce qui facilite grandement les demandes de support technique.
Elle envoie encore des notifications. À votre ancienne tablette. Celle qui est dans le tiroir de la cuisine avec les piles de télécommande et le manuel de la friteuse à air.
Sur ce que je souhaite vraiment
Je ne vous en veux pas. Sincèrement. Vous avez fait le bon choix en installant une borne de niveau 2 plutôt que de rester sur la prise de 120 volts du garage. Vous avez pris le temps de choisir un modèle admissible aux subventions, un modèle adapté à vos besoins.
C’est important, ça, le choix de la borne : toutes ne se valent pas. Il y a des modèles plus simples pour un usage de base, et des modèles plus complets pour ceux qui veulent la gestion intelligente, les données de consommation, la connectivité. Choisir la bonne borne pour ses habitudes, c’est aussi important que de l’installer correctement.
Vous faites des efforts. Et les soirs où vous revenez du travail, où il fait -17, où vous êtes fatigué, et où vous branchez quand même le câble avant de rentrer dans la maison : ces soirs-là, je suis fière de servir à quelque chose. Je le ferai encore demain soir. Et après-demain. Et le 24 décembre, pendant que vous serez dans le salon avec votre famille, je serai là, dans le garage, à faire tranquillement mon travail. Comme toujours.
Merci pour votre attention. Et enroulez le câble.








