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Les VE coûtent 18 % moins cher à produire à specs égales. Alors pourquoi le prix affiché ne cesse de grimper?

Voici un chiffre qui semble contredire tout ce qu’on lit sur le prix des voitures électriques : entre 2020 et 2025, le prix réel d’un véhicule électrique comparable a chuté d’environ 18 % en Allemagne. Pourtant, si vous regardez uniquement le prix affiché moyen sur le marché allemand, il a grimpé de 37 000 à 53 000 euros sur la même période, soit une hausse de 43 %.

Ces deux chiffres ne se contredisent pas. Ils racontent simplement deux histoires différentes, et une étude publiée le 20 juillet 2026 par l’International Council on Clean Transportation (ICCT) et l’institut allemand Fraunhofer ISI explique exactement pourquoi.

Une précision essentielle avant de continuer

Cette étude porte spécifiquement sur le marché allemand, le plus important d’Europe, et analyse plus de 100 000 points de données de véhicules répartis sur six segments de marché, des petites citadines aux modèles de luxe.

Ses conclusions ne sont pas automatiquement transposables telles quelles au marché nord-américain ou québécois, mais elles éclairent une dynamique de fond qui touche l’industrie mondiale du véhicule électrique dans son ensemble : la façon dont les gains d’efficacité de production sont, ou ne sont pas, transmis aux consommateurs.

Le prix affiché monte, mais ce n’est pas la bonne mesure

Les chercheurs de l’ICCT et de Fraunhofer ISI expliquent que la hausse du prix affiché moyen ne reflète pas une hausse du prix des véhicules eux-mêmes, mais un changement dans la composition de l’offre. En 2020, le marché électrique allemand comptait une proportion beaucoup plus importante de petites voitures urbaines abordables.

En 2025, les modèles de taille moyenne et les modèles premium représentent 73 % de l’ensemble des véhicules électriques disponibles sur le marché allemand. Autrement dit, les acheteurs se tournent, ou sont orientés, vers des véhicules plus gros et mieux équipés, ce qui fait mécaniquement grimper la moyenne des prix affichés, même si chaque catégorie de véhicule prise individuellement est devenue moins chère à qualité égale.

Pour isoler le vrai signal de prix, les chercheurs ont comparé des véhicules aux caractéristiques équivalentes : même taille de batterie, même autonomie, même poids, même puissance du moteur, en ajustant pour l’inflation.

Une fois cette comparaison à specs constantes effectuée, le prix réel d’un véhicule électrique comparable a diminué d’environ 18 % entre 2020 et 2025. Pendant cette même période, un véhicule à essence comparable est devenu environ 2 % plus cher en termes réels. L’écart entre les deux motorisations se resserre donc bel et bien, mais silencieusement, caché derrière la hausse des prix moyens affichés.

Ce qui explique la baisse des coûts : la batterie, encore et toujours

Le principal moteur de cette baisse reste le prix des cellules de batterie. Selon l’étude, le prix mondial des batteries a chuté d’environ 21 % à 24 % en termes nominaux entre 2020 et 2025, passant d’environ 165 à 185 euros le kilowattheure à environ 130 à 140 euros le kilowattheure. Une fois ajusté pour l’inflation, ce recul atteint environ 35 % à 37 %.

Fait important à souligner : les constructeurs n’ont pas transféré la totalité de ces économies directement aux consommateurs sous forme de prix plus bas. Une bonne partie de cet argent a plutôt été réinvestie dans des batteries plus grosses et plus performantes.

Sur la période étudiée, l’autonomie moyenne des véhicules électriques allemands a augmenté d’environ un tiers. Les économies réalisées sur le coût des cellules ont donc servi à améliorer le produit plutôt qu’à baisser systématiquement la facture, une décision commerciale logique dans un marché où l’autonomie reste un argument de vente déterminant.

Le choix explose, sauf dans un segment

Le nombre de modèles électriques disponibles sur le marché allemand est passé de 38 en 2020 à 159 en 2025, soit plus d’un quadruplement. Dans le même temps, le nombre de modèles à essence ou diesel disponibles a reculé de 275 à 194. Dans les segments intermédiaires et grands véhicules, l’électrique offre désormais presque autant de choix que le thermique.

Le segment qui reste le plus à la traîne est justement celui qui compte le plus pour l’accessibilité : les petites voitures urbaines. En 2025, les acheteurs allemands n’avaient accès qu’à 19 modèles électriques mini et compacts, contre 35 modèles thermiques équivalents. Les chercheurs identifient précisément ce segment comme la plus grande occasion manquée pour les constructeurs européens qui cherchent à répondre à une demande croissante pour des véhicules électriques réellement abordables.

Ce que ça signifie pour la suite

L’étude conclut que la stabilité réglementaire à long terme, notamment des cibles d’émissions de CO2 prévisibles pour les constructeurs, jouera un rôle déterminant pour que ces gains de coûts continuent de se transmettre au marché. À mesure que les volumes de production augmentent et que les coûts de batterie continuent de baisser, les chercheurs anticipent un rapprochement progressif vers la parité de prix entre les véhicules électriques et à essence, segment par segment.

Pour l’acheteur québécois, cette étude allemande offre un éclairage utile sur une dynamique qui se joue également ici, quoique dans un contexte réglementaire différent. Elle rappelle une chose simple et souvent oubliée dans les conversations sur le prix des VE : le prix affiché moyen d’un marché n’est pas toujours le bon indicateur pour juger si les véhicules électriques deviennent plus accessibles. Ce qui compte, c’est de comparer des équivalents. Et à ce jeu-là, la tendance de fond reste favorable au véhicule électrique, même quand les manchettes disent le contraire.

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