Publié hier par Canadian Auto Dealer, un nouveau rapport du Conseil canadien de l’infrastructure de recharge (CCIC, ou Canadian Charging Infrastructure Council) met un chiffre précis sur une question qui reste jusqu’ici largement abstraite dans le débat public : combien vaut, concrètement, la certitude réglementaire pour l’industrie de la recharge au Canada? La réponse du rapport : 21 milliards de dollars d’ici 2035, si le gouvernement fédéral maintient une norme d’émissions ambitieuse pour les véhicules légers.
Deux scénarios, un écart de 7 milliards de dollars
Le rapport, préparé pour le CCIC par la firme Sharabura EV Infrastructure Advisors, compare deux scénarios réglementaires distincts pour la prochaine décennie. Dans le scénario d’une norme d’émissions plus stricte, le Canada pourrait attirer environ 21 milliards de dollars d’investissement total en infrastructure de recharge zéro émission d’ici 2035. Ce montant se divise en deux volets : environ 10 milliards de dollars en infrastructure de recharge publique, incluant les bornes rapides en courant continu et les bornes de niveau 2, et environ 11 milliards de dollars supplémentaires en recharge résidentielle de niveau 2, tant pour les maisons unifamiliales que pour les immeubles multilogements.
Dans le scénario d’un cadre réglementaire plus faible, l’investissement total chuterait à environ 14 milliards de dollars. L’écart entre les deux scénarios, environ 7 milliards de dollars sur dix ans, dépend presque entièrement d’un seul facteur : la confiance des investisseurs dans la stabilité à long terme des règles fédérales sur les émissions des véhicules.
Le contexte qui rend ce rapport particulièrement pertinent
Ce rapport arrive à un moment charnière. Le gouvernement fédéral a mis sur pause sa Norme sur la disponibilité des véhicules électriques, un règlement adopté en 2022 qui devait exiger que 20 % des véhicules légers neufs vendus au Canada en 2026 soient des véhicules zéro émission, avec une cible grimpant à 60 % en 2030 et 100 % en 2035. Cette pause survient sous la pression des tensions commerciales avec les États-Unis et de l’incertitude tarifaire qui pèse sur l’ensemble de l’industrie automobile nord-américaine.
C’est précisément ce type d’incertitude que le rapport du CCIC identifie comme le principal frein à l’investissement privé. Travis Allan, président-directeur général du CCIC, a résumé l’enjeu dans une déclaration citée par Canadian Auto Dealer : les investisseurs privés et les propriétaires immobiliers sont prêts à financer ce déploiement de 21 milliards de dollars, mais financer les installations dont le Canada a besoin exige un signal fiable et à long terme sur l’adoption des véhicules zéro émission.
Qui profite de cet argent, concrètement
Le rapport précise que la majeure partie de cet investissement ne proviendrait pas des gouvernements, mais du secteur privé, à condition que la certitude politique à long terme soit maintenue. Selon les estimations du CCIC, entre 50 % et 65 % de l’investissement en infrastructure de recharge se traduirait directement en contrats pour les métiers spécialisés canadiens, les services publics d’électricité et les fournisseurs locaux. Autrement dit, ce n’est pas seulement un enjeu de bornes de recharge : c’est un enjeu d’emplois pour les électriciens, les entrepreneurs en construction et les entreprises de services publics à travers le pays.
Ce que ça signifie pour le Québec
Ce rapport porte sur l’ensemble du Canada, mais ses implications touchent directement le Québec, qui reste la province où l’adoption des véhicules électriques est la plus avancée au pays. Une part significative des 11 milliards de dollars projetés pour la recharge résidentielle concernerait directement les propriétaires et les gestionnaires d’immeubles multilogements québécois, un segment déjà identifié comme prioritaire dans la Stratégie québécoise sur la recharge de véhicules électriques 2023-2030 et dans le sondage du MELCCFP actuellement en cours sur l’expérience de recharge des électromobilistes.
Pour l’électricien certifié RBQ, le contracteur en construction ou l’entreprise de services publics au Québec, ce rapport donne un chiffre concret à une tendance déjà observée sur le terrain : la demande pour l’installation de bornes résidentielles et commerciales continue de croître, et elle continuera de croître tant que le cadre réglementaire et les incitatifs financiers, comme le programme Écorecharge en vigueur jusqu’au 31 mars 2028, resteront stables et prévisibles.
Roulez Électrique observe cette dynamique de près. Chaque nouvelle borne installée aujourd’hui, chez un particulier ou dans un immeuble multilogement, s’inscrit dans cette trajectoire de croissance à long terme que le rapport du CCIC vient de chiffrer noir sur blanc.
Références
- Canadian Auto Dealer, EV charging’s $21B opportunity, 7 juillet 2026
https://canadianautodealer.ca/2026/07/ev-chargings-21b-opportunity/
- Electrical Industry News Week, EV Landscape in Canada, contexte sur la pause de la Norme sur la disponibilité des VE
https://electricalindustry.ca/latest-articles/ev-landscape-in-canada/
- Gouvernement du Québec, Stratégie québécoise sur la recharge de véhicules électriques 2023-2030
https://www.quebec.ca/gouvernement/politiques-orientations/strategie-recharge-vehicules-electriques
- Gouvernement du Québec, Programme Écorecharge
https://www.quebec.ca/transports/transport-electrique/aide-financiere-ecorecharge









