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Hydro-Québec parie sur 2,4 millions de véhicules électriques d’ici 2031. Est-ce réaliste?

Pour planifier ses besoins en production d’électricité pour les cinq prochaines années, Hydro-Québec a déposé en mars 2026 une prévision ambitieuse devant la Régie de l’énergie : le nombre de véhicules électriques sur les routes du Québec passera de 492 000 en 2026 à 2,4 millions en 2031. Une multiplication par cinq en cinq ans. Des intervenants ont immédiatement qualifié ce chiffre d’optimiste. Hydro-Québec, elle, en a besoin pour planifier son réseau. C’est là que la discussion devient intéressante.

Le paradoxe : Hydro-Québec prévoit une explosion alors que 2025 a été catastrophique

La prévision d’Hydro-Québec arrive après l’une des pires années pour le marché québécois du VE. En 2025, les ventes de véhicules électriques au Québec ont chuté de 59 %, sous l’effet combiné de la suspension des incitatifs fédéraux et d’une conjoncture économique difficile. De 18 % de part de marché au sommet de 2024, les VE étaient retombés à moins de 10 % en quelques mois.

Hydro-Québec parie pourtant sur un renversement spectaculaire. Sa logique repose sur deux catalyseurs réels : le retour des incitatifs fédéraux, avec le programme PAVÉ qui offre jusqu’à 5 000 dollars sur cinq ans depuis février 2026, et la flambée des prix de l’essence consécutive au conflit au Moyen-Orient, qui a ranimé l’intérêt des acheteurs dès le début 2026. Les données lui donnent raison sur la tendance à court terme : les ventes de VE au Canada ont bondi de 75 % en mars 2026 par rapport à mars 2025.

Daniel Breton, président de Mobilité électrique Canada, résume bien la tension : “D’une part, le Québec est dans une situation budgétaire difficile et, d’autre part, la hausse du prix de l’essence est déjà un incitatif pour ceux qui pensent à acheter une voiture électrique.” Ce sont deux forces qui poussent dans des directions opposées, et Hydro-Québec a décidé que la deuxième l’emportera.

Ce que 2,4 millions de VE représentent pour le réseau électrique

La prévision n’est pas seulement un exercice statistique. Elle a des implications directes sur la capacité du réseau électrique québécois. Hydro-Québec estime que si ses projections se confirment, le parc de VE québécois aura besoin de 1 900 mégawatts de puissance supplémentaire d’ici 2031. C’est considérable : cela correspond à la puissance de production d’environ deux grandes centrales hydroélectriques de taille moyenne.

Pour comprendre ce que cela signifie en termes de consommation, un document de la société d’État déposé à la Régie de l’énergie mentionnait dès janvier 2024 que la croissance anticipée des VE l’obligeait à ajouter 1,2 térawattheure à sa planification de demande globale. Un térawattheure, c’est l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 58 000 foyers québécois. La recharge électrique des véhicules est identifiée par Hydro-Québec comme l’un des principaux facteurs qui contribueront à la hausse de la demande au cours des périodes de pointe hivernales dans les prochaines années.

Hydro-Québec a-t-elle la capacité pour répondre à cette demande?

C’est la question qui a suscité le plus de scepticisme devant la Régie de l’énergie. La réponse d’Hydro-Québec est structurée autour de son Plan d’action 2035, qui prévoit des investissements de plus de 150 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie pour ajouter 8 500 mégawatts de nouvelle capacité de production propre. Ce programme inclut des appels d’offres en énergie éolienne déjà annoncés : 1 303 mégawatts devaient être ajoutés d’ici décembre 2026, et 1 555 mégawatts supplémentaires entre 2027 et 2029.

La société d’État bénéficie aussi d’une nouvelle entente signée en décembre 2024 avec Terre-Neuve-et-Labrador concernant la centrale de Churchill Falls, dont la production de 5 428 mégawatts sera accessible à Hydro-Québec jusqu’en 2075. C’est un actif de long terme qui donne au réseau une base de capacité solide pour absorber la croissance de la demande électrique, quelle qu’en soit la source.

Mais la capacité de production n’est qu’une partie de l’équation. La gestion des pointes hivernales est l’enjeu plus complexe. Hydro-Québec sait depuis longtemps que la recharge des VE en soirée, entre 17 h et 21 h en hiver, peut créer des pointes supplémentaires significatives. C’est pourquoi la société pousse activement vers la recharge programmée en dehors des heures de pointe, une fonctionnalité que les bornes intelligentes connectées permettent de gérer automatiquement.

Ce que la prévision d’Hydro-Québec dit sur le marché québécois

Qu’on croie ou non au chiffre de 2,4 millions, la prévision d’Hydro-Québec confirme deux choses importantes sur le marché québécois. D’abord, le Québec reste la province où le contexte est le plus favorable à l’électrification des transports au Canada : électricité propre à 99 %, réseau de recharge publique le plus dense du pays, taux d’adoption des VE le plus élevé, et jusqu’à la fin de 2026, la combinaison d’incitatifs à l’achat la plus généreuse, soit jusqu’à 7 600 dollars en cumulant le PAVÉ fédéral, l’incitatif provincial Écorecharge et l’aide à l’installation d’une borne résidentielle.

Ensuite, même dans le scénario conservateur, le parc de VE québécois va croître significativement. La question n’est pas de savoir si cette croissance aura lieu, mais à quelle vitesse. Les propriétaires qui décident d’équiper leur domicile d’une borne de niveau 2 sur du 240 volts dès maintenant ne font pas un pari sur l’avenir. Ils s’adaptent à une réalité qui est déjà là.

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