Mazda vient de dévoiler au Salon de Bruxelles son deuxième modèle 100% électrique destiné au marché européen. Le CX-6e, qui arrivera dans les concessions à l’été 2026, affiche des ambitions claires : bousculer le segment dominé par Tesla Model Y et Peugeot e-5008 avec un design distinctif et un prix compétitif. Mais derrière cette façade séduisante se cache une réalité technique qui pourrait diviser les acheteurs potentiels.
Un SUV imposant au design soigné
Avec ses 4,85 mètres de longueur, le CX-6e joue clairement dans la cour des grands. Plus imposant qu’un Tesla Model Y (4,75m) ou qu’un BMW iX3, ce SUV familial s’inscrit dans le segment D avec des dimensions généreuses : 1,94m de large et 1,62m de haut. Mazda a réussi le tour de force d’imposer son langage stylistique Kodo malgré l’utilisation d’une plateforme chinoise Changan, fruit d’un partenariat stratégique dans l’Empire du Milieu.
Le design ne laisse pas indifférent. La face avant abandonne la calandre traditionnelle pour un panneau couleur carrosserie souligné d’un jonc lumineux qui relie les feux de jour ultra-fins. Les projecteurs, logés dans le bouclier, créent une signature visuelle unique. La silhouette rappelle une Mazda 3 gonflée aux hormones, avec des montants arrière très inclinés et des ailes postérieures arrondies qui lui donnent un aspect ramassé et dynamique. Un travail aérodynamique poussé guide les flux d’air jusqu’aux bords du hayon.
Une fiche technique en demi-teinte
C’est sous le capot que le CX-6e révèle ses limites. La batterie LFP (Lithium Fer Phosphate) de 78 kWh alimente un unique moteur électrique de 258 chevaux (190 kW) et 290 Nm de couple, positionnés sur l’essieu arrière. Les performances restent modestes pour un véhicule de ce gabarit : 7,9 secondes pour le 0-100 km/h et une vitesse maximale bridée à 185 km/h.
L’autonomie WLTP annoncée de 484 kilomètres place le CX-6e en retrait face à ses concurrents directs. Le Skoda Enyaq 85 affiche 580 km, l’Audi Q4 e-tron 77 kWh promet 540 km, tandis que le Tesla Model Y Long Range dépasse les 600 km. Cette autonomie limitée s’explique par le choix de la technologie LFP, moins dense énergétiquement mais plus stable et moins coûteuse que les batteries NMC.
La recharge constitue un point plus positif. Avec une puissance DC maximale de 195 kW, le CX-6e peut récupérer de 10 à 80% de charge en 24 à 26 minutes sur une borne ultra-rapide. La recharge AC plafonne à 11 kW triphasé, standard pour le segment. Ces chiffres le placent dans la moyenne haute du marché, même si Tesla fait mieux avec 250 kW sur ses Model Y.
Un intérieur futuriste et controversé
L’habitacle marque une rupture radicale avec les codes Mazda traditionnels. Exit le minimalisme et les commandes physiques qui faisaient la réputation de la marque. Place à un écran panoramique de 26 pouces qui s’étend sur toute la largeur du tableau de bord, intégrant instrumentation et système multimédia. Un affichage tête haute complète l’ensemble, tandis que des commandes gestuelles permettent de contrôler certaines fonctions sans toucher l’écran.
Cette approche “tout numérique” divise. Si elle impressionne visuellement et place Mazda dans la modernité, elle abandonne la philosophie ergonomique qui séduisait les puristes de la marque. Le système audio à 23 haut-parleurs, incluant des enceintes dans les appuie-têtes, promet une expérience sonore immersive. Apple CarPlay et Android Auto sans fil sont de série, tout comme les rétroviseurs caméras sur la version haut de gamme.
Praticité : peut mieux faire
Le coffre de 468 litres déçoit pour un SUV de cette taille. Le Tesla Model Y offre plus de 850 litres, le Peugeot e-5008 dépasse les 700 litres. Mazda compense partiellement avec un frunk de 80 litres à l’avant, pratique pour ranger les câbles de recharge. La modularité reste classique avec une banquette rabattable 60/40 portant le volume total à 1 434 litres.
La capacité de remorquage de 1 500 kg permet de tracter une petite caravane ou une remorque, un atout pour les familles actives. Neuf airbags et une suite complète d’aides à la conduite (freinage d’urgence autonome, maintien dans la voie, surveillance des angles morts) garantissent un niveau de sécurité élevé.
Un positionnement tarifaire agressif
Mazda annonce un prix de départ à 46 800 euros pour arriver sous la barre des 50 000 euros en version tout équipée. Une stratégie agressive face au Tesla Model Y qui démarre à 44 990 euros mais grimpe vite avec les options. Le CX-6e ne sera pas éligible au bonus écologique en raison de sa production chinoise, un handicap face aux modèles assemblés en Europe.
Le pari risqué de Mazda
Le CX-6e illustre parfaitement le dilemme des constructeurs japonais face à l’électrification. Arrivé tardivement sur le marché, Mazda mise sur le style et l’originalité pour se démarquer plutôt que sur la performance pure ou l’autonomie record. Cette approche séduira les amateurs de la marque et ceux qui cherchent une alternative aux SUV électriques uniformisés.
Mais dans un marché où l’anxiété de l’autonomie reste le premier frein à l’achat, proposer moins de 500 km WLTP en 2026 pourrait s’avérer problématique. D’autant que la concurrence ne reste pas inactive : le nouveau Volvo EX60 promet plus de 800 km d’autonomie, redéfinissant les standards du segment.
Pour les entreprises d’accompagnement à la transition électrique comme Roulez Électrique, le CX-6e représente un cas d’école intéressant. Il démontre qu’au-delà des chiffres bruts d’autonomie et de puissance, d’autres facteurs comme le design, l’ergonomie et le positionnement prix peuvent influencer le choix des consommateurs. Reste à voir si la sauce Mazda prendra auprès d’un public québécois habitué aux longs trajets et aux hivers rigoureux.
Verdict : style avant substance ?
Le Mazda CX-6e arrive sur un marché saturé avec une proposition différenciante mais imparfaite. Son design séduisant et son habitacle futuriste ne compensent pas totalement une autonomie en retrait et un volume de coffre décevant. À 46 800 euros, il reste compétitif mais devra convaincre face à des concurrents mieux armés techniquement.
Mazda prépare déjà la suite avec une plateforme électrique maison, SkyActiv-EV, prévue pour 2028. Le CX-6e apparaît donc comme une solution transitoire, permettant à la marque de prendre pied sur le marché électrique en attendant de développer ses propres solutions. Un pari qui pourrait séduire les early adopters fans de la marque, mais qui risque de laisser sceptiques les acheteurs pragmatiques privilégiant l’autonomie et la praticité.
Références
Sources principales
- L’Argus – Mazda CX-6e : à bord du SUV électrique nippon (janvier 2026)
- What Car? – Mazda CX-6e revealed: 300-mile range (janvier 2026)
- Car Throttle – Mazda shows CX-6e ahead of UK launch (janvier 2026)
- Caradisiac – On a été surpris en découvrant le Mazda CX-6e (janvier 2026)
Analyses techniques
- Carscoops – Mazda CX-6e looks like the future (janvier 2026)
- Autonotizen – Mazda CX-6e : Der zweite China-Mazda (janvier 2026)
- Le Nouvel Automobiliste – Mazda CX-6e : un grand SUV électrique nippon (janvier 2026)








