Un laboratoire grandeur nature pour les loisirs électriques
À première vue, le nouveau projet TAG E‑Karting Québec, annoncé en grande pompe quelques jours avant l’international de l’auto de Québec, ressemble à un nouveau temple du divertissement : 18 M$ d’investissement, 75 000 pieds carrés de loisirs, deux pistes électriques multi‑niveaux pouvant former une super piste de 616 mètres, la plus longue piste intérieure au pays. Mais derrière les néons et les virages inclinés version NASCAR, c’est un autre mouvement qui s’annonce : celui d’une électrification assumée des loisirs motorisés, dans une discipline où le bruit et les émanations de carburant faisaient partie du lot depuis des décennies.
En s’inspirant du premier complexe de Sainte‑Thérèse, qui attire plus de 250 000 visiteurs par année, le projet de Québec s’inscrit dans une tendance lourde, mais ô combien rafraîchissante : faire du karting non seulement une activité récréative, mais un vecteur d’innovation où performance, santé et environnement ne sont plus en contradiction.
Quand la fumée disparaît des loisirs motorisés
Les karts importés d’Italie sont 100% électriques, silencieux et sans odeur, ce qui change radicalement l’expérience pour les pilotes comme pour les familles qui les accompagnent. Fini le mélange de gomme brûlée et de CO₂ dans un hall fermé : l’air reste respirable, le niveau de bruit chute, et les séances de karting deviennent possibles pour des groupes plus variés – incluant des enfants, des écoles ou des milieux de travail soucieux de santé et de sécurité.
Cette électrification n’est pas qu’un argument marketing vert. Elle modifie aussi la signature du sport : la poussée instantanée du moteur électrique, la constance de la puissance, la possibilité de limiter ou d’augmenter le couple par logiciel ou d’ajouter un «boost» contrôlé, tout cela ouvre la porte à des scénarios de course impossibles avec des moteurs thermiques. Pour un public habitué à la voiture électrique et aux consoles de jeux, cette continuité entre simulation et piste réelle est loin d’être anecdotique.
De la piste de loisir au banc d’essai technologique
Avec ses deux pistes combinables, ses systèmes d’éclairage DEL programmables et ses karts parmi les plus performants au monde, le futur complexe de Beauport pourrait devenir un véritable laboratoire pour l’ingénierie québécoise. Les universités qui forment chaque année des cohortes en génie mécanique, électrique et logiciel – comme l’université Laval, en passant par l’ÉTS et Polytechnique – disposent déjà de clubs de type Formula SAE ou de projets de véhicules électriques; il ne manque qu’un terrain de jeu opérationnel pour pousser ces prototypes vers des usages grand public.
On peut imaginer des partenariats où des équipes étudiantes développeraient :
- Des châssis optimisés pour les contraintes d’un centre intérieur (impacts, entretien rapide, modularité des batteries).
- Des systèmes de gestion de l’énergie capables d’ajuster la puissance en temps réel en fonction de la température, de l’usure ou du style de conduite.
- Des dispositifs de sécurité active (détection d’obstacles, limitation automatique dans certaines zones de la piste, télémétrie en temps réel partagée avec la tour de contrôle).
TAG E‑Karting deviendrait alors un banc d’essai : les prototypes pourraient être testés à vitesse réelle sur une infrastructure sécurisée, avec des données collectées en continu – un terrain rêvé pour des projets de fin d’études et de recherche appliquée.
Un écosystème à inventer entre industrie et universités
Le montage financier du projet – où l’on retrouve le Groupe Mach, bailleur et investisseur, le Groupe Theetge, des acteurs liés au transport et à la mobilité, ainsi qu’Alexandre Tagliani lui‑même – crée un pont naturel avec le milieu universitaire. En s’alliant à un ou deux départements de génie, le centre pourrait lancer des concours annuels de conception de véhicules adaptés au e‑karting intérieur : châssis, packs de batteries, systèmes de récupération d’énergie au freinage, interfaces de pilotage avancées.
À terme, ce type de partenariat pourrait donner naissance à :
- Une «classe» de karts universitaires testés en soirée sur la piste de Beauport.
- Des stages en entreprise directement chez Tag E‑Karting ou chez ses partenaires techniques.
- De nouvelles PME spécialisées en composantes ou logiciels pour véhicules récréatifs électriques, issues de projets étudiants ou de la recherche.
Dans une région où l’on se positionne déjà comme pôle d’innovation en mobilité durable, l’idée qu’un centre de loisirs devienne une vitrine technologique n’a plus rien de farfelu : elle s’inscrit dans un récit économique où la transition écologique passe autant par les transports du quotidien que par les lieux où l’on s’amuse.
Une nouvelle génération de loisirs électriques
En affirmant vouloir «bâtir une destination vibrante, pas une simple activité», Tagliani résume la mutation à l’œuvre : on ne vient plus seulement «brûler de l’essence» pour se défouler, on vient vivre une expérience physique intense, socialement rassembleuse, dans un environnement où le bruit, l’odeur et les émissions ne sont plus la norme.
Si Québec et ses universités saisissent l’occasion, le futur centre de Beauport pourrait être davantage qu’un parc d’attractions motorisées : un symbole concret de la façon dont la transition électrique redessine nos loisirs, nos métiers et nos formations, une course où la ligne d’arrivée se situe quelque part entre la piste, le laboratoire et la salle de classe.









