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Lyten ressuscite Northvolt en Europe — mais pas au Québec

Le 26 février 2026, l’entreprise californienne Lyten a officiellement complété l’acquisition des actifs suédois de Northvolt pour près de 5 milliards de dollars. Cette renaissance européenne contraste douloureusement avec la situation québécoise : le projet de méga-usine à McMasterville, annoncé en grande pompe comme « le plus grand investissement privé de l’histoire du Québec », est bel et bien mort. Le Québec a perdu 270 millions de dollars dans l’aventure, et Lyten n’a pas repris le flambeau.

Le rêve québécois envolé

En septembre 2023, le premier ministre François Legault et Justin Trudeau annonçaient fièrement Northvolt Six : une usine de 7 milliards de dollars à Saint-Basile-le-Grand et McMasterville, promettant 3 000 emplois et assez de batteries pour un million de véhicules électriques par année. Le Québec avait même contourné les évaluations environnementales du BAPE pour accélérer le projet.

Deux ans plus tard, le bilan est amer. Northvolt a déclaré faillite en mars 2025. Le Québec a investi 510 millions de dollars, dont 270 millions en prise de participation désormais sans valeur. La Caisse de dépôt a également perdu 200 millions. En septembre 2025, la ministre Christine Fréchette a officiellement mis fin au projet.

Lyten avait pourtant manifesté son intérêt pour reprendre le site québécois en août 2025. Mais les négociations ont échoué. Selon des sources gouvernementales, l’entreprise américaine demandait des subventions « disproportionnées ». Échaudé par l’expérience Northvolt, Québec a refusé de risquer davantage l’argent des contribuables.

Pendant ce temps, en Europe…

Lyten a donc concentré ses efforts sur les actifs européens. L’acquisition comprend 16 GWh de capacité de fabrication à Skellefteå en Suède, le plus grand centre de R&D batteries d’Europe à Västerås, et plus de 160 hectares de terrain industriel. L’entreprise prévoit d’embaucher plus de 600 employés et de livrer ses premières cellules commerciales au second semestre 2026.

Le financement semble solide : Lyten a levé plus de 1,33 milliard de dollars auprès de Stellantis, FedEx, Honeywell et plusieurs fonds gouvernementaux. EdgeConneX prévoit même d’acquérir un site de centre de données d’un gigawatt sur le campus suédois, diversifiant les sources de revenus.

Les mêmes risques qu’au Québec

Mais les observateurs restent prudents. Northvolt a brûlé 14 milliards de dollars sans jamais atteindre ses objectifs. En décembre 2023, sa capacité réelle n’était que de 0,5% de l’objectif initial. Jusqu’à 80% des produits ne répondaient pas aux normes de qualité. BMW a annulé un contrat de 2 milliards de dollars en juin 2024.

Lyten hérite des mêmes équipements qui ont échoué sous Northvolt. De plus, l’entreprise californienne est spécialisée dans les batteries lithium-soufre — une technologie prometteuse mais non commercialisée pour les VE. En Suède, elle produira des cellules NMC lithium-ion classiques, exactement ce que Northvolt n’a pas réussi à maîtriser.

Leçons pour la filière batterie québécoise

L’échec de Northvolt Six ne signe pas la fin des ambitions québécoises. La ministre Fréchette a rappelé que la « filière batterie » reste vivante avec d’autres projets, notamment Nemaska Lithium à Bécancour. Mais la débâcle illustre les risques des mégaprojets financés massivement par les fonds publics.

« Non seulement c’est un gâchis, mais un gâchis évitable », a déclaré Nicolas Gagnon de la Fédération canadienne des contribuables. « Cette catastrophe est un énième rappel que l’argent des contribuables ne devrait jamais servir à financer des entreprises, peu importe les projections qu’elles font miroiter. »

Pour le Québec, le terrain de McMasterville reste en suspens. Le gouvernement tente de récupérer son prêt de 240 millions de dollars, garanti par la propriété. L’avenir du site — acheté 20 millions en 2015 et revendu 240 millions à Northvolt en 2023 — demeure incertain.

Si Lyten réussit en Europe là où Northvolt a échoué, le Québec pourrait regretter d’avoir refusé de négocier. Dans le cas contraire, la prudence de Québec aura évité de nouvelles pertes. Rendez-vous au second semestre 2026 pour le verdict.

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